Posté le 31/08/2008 à 20:07 puis édité
2 fois 
Bon, faut que ça sorte, désolé pour le troll...
Je m'intéresse depuis un moment aux formations post-doctorat disponibles pour les dentistes dans différents pays. Voici quelques exemples au hasard :
- Au Canada, des dentistes hospitaliers travaillent au sein des services d'oncologie et font partie intégrante des comités multi-disciplinaires dans les soins aux patients irradiés pour un cancer orl.
- En Suède, les dentistes ont accès à de véritables spécialisations : il y a par exemple des praticiens spécialistes en implanto-paro qui font office de référents dans le domaine.
- Aux États-unis, la CMF est une spécialité directement accessible aux dentistes.
- Dans beaucoup de pays du monde, les dentistes ont le titre de "médecin-dentiste", mettant un terme à toute ambiguïté.
Bref, partout dans le monde, il est un fait admis qu'un dentiste exerce une profession médicale et il est totalement intégré comme acteur du monde médical.
Mais en France...
- Cela fait plus de 10 ans qu'il y a une guéguerre entre médecins CMF et/ou stomatologues concernant la création d'une spécialité de chirurgie buccale (existante dans 80% des pays de l'union européenne). Il y a eu à quelques reprises des propos franchement dédaigneux de leur part. Qui a raison, je m'en tape : les dentistes ne réclament pas d'être décrétés "chirurgiens buccaux" mais juste d'avoir accès à une formation le permettant. Sommes-nous trop cons pour pouvoir suivre une formation nous amenant aux aptitudes d'un stomato actuel ? Ou bien, comme cela a été suggéré, nous ne le "méritons pas" ?
- Alors qu'un DU de sédation vigile existe pour les dentistes, pour des histoires du même style, l'apparition du MEOPA en cabinet est bloquée depuis des années : bah oui, gérer des effets indésirables comme "nausées et vomissements", faut être anesthésiste-réanimateur au minimum.
- A chaque stage que j'ai pu effectuer en CHU, et ça a été de même pour la plupart des étudiants, j'ai eu droit à "T'es en dentaire ? Mais que fais-tu ici alors ?"
- Un rapport récent de l'HAS décrète qu'un dentiste n'est pas apte à gérer l'avulsion d'une dent pouvant entrainer une communication bucco-sinusienne...
- Et là, je finis de faire ma crise en lisant la lettre du conseil de l'ordre de juin 2008... On y lit qu'un anesthésiste a refusé d'endormir les patients d'un dentiste exerçant en chir buccal exclusif depuis des années, muni du DESCB, sous motif qu'un dentiste n'est pas apte à soigner un patient sous AG.
Un autre dentiste ayant le même exercice s'est vu refusé par la Sécu le remboursement d'un de ses patients pour lequel il a "osé" enlever un kyste de "plus de 2 cm"...
Enfin, on y a apprend que le projet de création de la spé chir buccale en est encore à passer d'instance en instance qui se renvoient la balle.
Conclusion :
- Pour moi, un dentiste n'est pas un médecin, c'est évident : nous avons bien moins de connaissances médicales générales et d'expérience clinique en dehors de la cavité buccale.
- Cependant, nous avons une très bonne formation médicale des pathologies de la cavité buccale, mais aussi des inter-relations qu'elles ont avec le reste du corps.
- Je ne considère pas qu'un dentiste ait moins de capacités intellectuelles qu'un médecin et je ne vois pas donc pas ce qui pourrait l'empêcher que ses connaissances médicales soient augmentées et reconnues.
- Je considère de même pour ses capacités manuelles.
Dans l'amélioration des compétences des chirurgiens-dentistes, certains médecins y voient une question d'honneur, de mérite, presque de hiérarchie, là où seul devrait être pris en compte la qualité des soins donnés aux patients.
Notre profession de chirurgien-dentiste doit être de plus en plus médicale et non pas l'inverse !
Aujourd'hui certains remettent en question notre capacité à gérer des choses aussi simples qu'une CBS ou l'exerèse d'un petit kyste.
Il n'y a toujours pas d'hygiénistes dentaires en France (profession paramédicale présente dans de nombreux pays effectuant des soins simples comme les détartrages).
Si jamais la création d'un spé chir buccale avait l'effet pervers de diminuer la considération de la capacité en chir des praticiens n'ayant pas cette spé, et considérant que les CMF/Sto ne crachent pas sur les implants et les prothèses, les hygiénistes dentaires en France vont-elles s'apeller "chirurgiens-dentistes" ?
Iz
no : changement du titre, plus explicite sur le sujet