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Une garde sarcoptique ^^

Aller en bas • 19 réponses
julyjumper
Patronne (une femme qui en a)

Messages : 398
Enregistré : 13/07/2005
Posté le 31/01/2009 à 15:33 puis édité 7 fois notnew
Tags : Gardes
J’avais vraiment envie, et probablement davantage besoin, de publier cet épisode récent. Galimatias, salmigondis et pourtant tranche de (ma) vie.
Si par hasard/chance passe par ici un metteur en scène intéressé par les droits TV pour une de ces séries anglophones (ou pas) débiles mêlant adrénaline hospitalière quotidienne et passions amoureuses éperdues sur fond d’alarmes stridentes de scope, je suis open et joignable^^

(mon seul caprice sera d’avoir « une seule vie » de De Palmas
en bande sonore parce que ça colle complètement)





Garde d’externe numéro 29, en chirurgie orthopédique, dans mon CHU parisien.

Vraiment pas fan de bloc, alors je commence aux urgences et s’ils ont besoin de moi au bloc, ils me le feront savoir… Ça devrait bien se passer, quand même, parce que mon interne de ce soir - je le sais pour l’avoir repéré sur le planning il y a un mois, alors que je finissais mon stage dans ce même service de chir ortho, à ses côtés - , c’est Alysson : une crème d’interne, parangon de patience, d’équanimité, de disponibilité et d’accessibilité. Et de timidité aussi, comme moi.

Début de la garde.

Gentil et charmant jeune homme de 23 ans (bon, j’avoue, j’ai un peu « choisi » mon premier patient… faut bien se donner du courage !!) qui vient pour un accident de scooter, casqué, TC sans PC, hémiparésie transitoire de l’hémicorps gauche. « Mal partout » sur l’hémicorps gauche, de l’épaule au 5ème métatarsien. Etranglé par son collier rigide, vêtements découpés par les pompiers, et complètement choqué par l’accident, prostré. A l’examen, ç’a l’air d’aller, pas de déficit sensitivomoteur, j’ai mes réflexes, cervicales indolores, pupilles OK… à part un œuf de pigeon à la base du 5ème méta, mais s’il n’y a que ça, ça reste dans mes cordes. On discute un peu, j’essaie de mon mieux de le désangoisser parce qu’il a vraiment l’air mal. Je prescris les radios (mais si, on a le droit… y’a pas de chef, de toutes façons !), je vais chercher un autre patient. Une demi-heure plus tard, je repasse devant le casier de radios, ma demande est toujours là, au milieu d’une douzaine d’autre… Passablement énervée, je vais chercher mon jeune homme et brancarde. Embouteillage monstre en radio, je reste un peu avec lui, on discute encore gentiment (ben quoi, je suis externe en psy !!). Il commence à me dire que je [fais un beau métier] (ouais, bof… ça se discute^^), que j’ai [l’air bien dévouée] (hmmm… je préférerais être chez moi, si vous saviez…), que je serais [un médecin formidable] (encore faut-il que je continue médecine, M’sieur !), qu’au moins je suis [sûre de gagner plein de sous] (oula, c’est de la confusion, non ?? l’hématome intracrânien menace ! ^^)… et au moment où je le confie au manip’ radio, il m’attrape les poignets, me cogne contre le brancard (super ! il a complètement récupéré de sa parésie !!), puis me lâche, avec une grosse main au cul au passage. Je piétine jusqu’aux urgences, sans me retourner, franchement furax. Super efficace, ma psychothérapie de soutien !! Il peut toujours se brosser pour que je retourne le voir, ce jeune libidineux. […] Je prends sur moi pour ne pas laisser traîner ses radios dans un coin, la vengeance n’a pas sa place, ce soir, alors je ravale mon imprécation. Je lui prescris une attelle, le maudis in petto quand même, et dégage.

Tout le monde peste dans le bureau médical, les blouses blanches bourdonnent, les badges rouges vibrionnent, il se passe un truc. Mes 3 coexternes hébétés m’interprètent le raffut : sur les 2 ordinateurs du bureau médical, l’un ne marche pas du tout, et sur l’autre, on ne peut ni consulter les résultats de bio, ni imprimer les demandes d’examens. Bon, ça sent la bonne garde…

« C’est toi l’externe d’ortho ?? (euh… oui, madame l’IAO, criez pas…). On a une dame qui fait une hémorragie génitale, faut que t’ailles la voir tout de suite, boxe 7 ! » (externe d’ortho, hémorragie génitale… c’est pas ça, un discours diffluent ??!). Bon, allons-y… « GEU jusque preuve du contraire, GEU jusque preuve du contraire… », me répète-je, formatée, dans ma course jusqu’audit boxe 7. En fait c’est une patiente de la soixantaine (gardons la GEU comme diagnostic différentiel ^^), hémorragie génitale modérée, enfin… je crois, puisque dans mon hôpital, on n’a ni fauteuil gynéco (donc examen dans le brancard… probablement une efficace mesure pour désinvaginer le trou de la Sécu ? ), ni lumière autre que ma loupiotte à pupilles, ni spéculum (mais avec 3 abaisse-langue, on se débrouille vachement bien… si si, je vous assure, surtout avec la loupiotte dans la même main !). Donc vous irez consulter un gynéco en ville, y’a des gens qui attendent, on sait pas ce que c’est, mais non ça doit pas être grave, voilà voilà, bonne soirée.

Ma coexterne un peu paniquée de s’être vue confier un premier patient (mais comment est-ce possible ? moi j’en ai déjà fini 2 !!!) lourd, pour sa première garde aux urgences adultes, m’appelle à l’aide et me refile le bébé. Enfin, l’adulte^^. (mais pourquoi serait-ce à moiiii de me colleter avec luiii ??? moi aussi je suis paniquée !!!!). Un étique marginal bien imbibé : alcool à l’intérieur, sang à l’extérieur ! On finit par trouver que c’est le scalp qui saigne, on l’agrafe du mieux qu’on peut, id est pas terriblement ; monsieur se débat, nous insulte, menace de nous « pisser dessus » (je cite), avant de… le faire, et les draps s’en souviennent (comme dans la chanson), ma blouse et mes chaussures aussi. Mes chaussettes sont trempées, j’en ai des haut-le-cœur, le type a 1,93 d’alcoolémie, un déficit du radial à 0/5, il gigote dans tous les sens, braille, se gratte vigoureusement, il a des croûtes répugnantes, il pue horriblement, nous invective, dysarthrique, s’agrippe aux patients effrayés entre lesquels on slalome en brancard, crache dans leur direction. Il hurle, impavide : « laissez moi, je vais crever, et alors ? On en meurt ? Qu’est-ce que ça peut vous foutre ? Vous voulez que je vous meure ( ??) avec moi ?? Moi je suis déjà mort, et alors, j’en suis pas mort !! »… Pas franchement rassurée par ce babélisme, je délègue lâchement sa VAT à qui voudra bien : pusillanimité, trop peur de me piquer.
Ma hantise : l’accident d’exposition au sang. J’ai un dossier en cours, qui devrait se clore dans un mois avec ma dernière sérologie virale C. Besoin de faire une pause avant le prochain accident. C’est pas le moment de me réexposer. C’est jamais le moment, ceci dit.

Retour à la ruche. Au Pandémonium. Au bureau médical, quoi. J’attrape un dossier, sans choisir ( !) cette fois (hmmm, éventail gourmand : « OH+++, a froid » (c’est pas antigel, l’alcool ??!!), « OH SDF amené par les pompiers », « OH agitation », « OH SDF tousse parle pas français »).
Et là, dossier sous le bras, fleur au fusil, cœur en bandoulière, … VLAMMMM !!! Coupée en plein élan par un sourire 32 dents que je ne connais que trop bien. Pour avoir fantasmé dessus pendant 2 mois. Yeux noirs à la Craig David. Mon interne d’ortho.
Palpitations, pseudo-vertige, oppression thoracique, jambes qui flageolent, fugace cataplexie.

« Salut July ».

Je redescends sur Terre. Il se souvient de mon prénom, c’est déjà ça.

Flash-back.
Quinze jours plus tôt, j’étais de garde avec lui, déjà. Ambiance joyeuse, bonne année, polytraumatisés, tout ça. Et au moment où il s’éloignait du bloc pour fermer l’œil une petite heure avant le staff, au petit matin, je me suis lancée, un peu folle, un peu Jean-Claude Dusse. Vous savez bien, « toi et moi on a un peu le même problème, c'est-à-dire qu'on peut pas vraiment tout miser sur notre physique, surtout toi. Alors si je peux me permettre de te donner un conseil c'est : oublie que tu n'as aucune chance, vas-y, fonce, on sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher.».
Et ça n’a pas marché ; bien essayé, érubescente July, le plus important c’est de participer.
Du mal à digérer. Marlon a été LE coup de foudre, LA raison de bondir hors du lit à 6 heures 30 (l’ortho, c’est tôt !!) pendant deux mois avec un grand sourire, de perdre des kilos de gras, de royalement ignorer la vilaine hallucination acousticoverbale collante qui persifle que je me perds en continuant médecine, de fracasser le petit bout de moi schizoïde et son bavorysme, pour papillonner sur une vague d’hypomanie, genre Bambi.
A tel point que je m’interrogeais, piteuse après cet échec, sur la nécessité de me polytraumatiser afin qu’il daigne poser sur moi ses mains d’interne d’ortho en premier semestre^^.

[Et du coup, n’étais franchement pas fâchée, après cette confondante conclusion, de changer de service, d’hôpital, de ville, histoire de ne pas enfoncer le bistouri dans la plaie…]


« On va avoir besoin de toi au bloc.
- (hébétée. Qu’est-ce qu’il fout là ? Elle est où, Alysson ??)
- On a un patient qui va arriver !
- (interloquée)
- Ça veut dire que tu peux aller t’habiller !
- (gloups. Je vérifie discrètement. Je ne suis pas à poil, ça va, j’ai eu peur). Euh… Salut Marlon… euh… C’était pas Alysson qui était de garde ?? (mon cerveau commence à s’emballer tout seul, se préchauffer en mode automatique, à monter son cinéma plus vite que la musique : peut-être a-t-il repris EXPRÈS la garde d’Alysson pour être avec moi, parce qu’en fait la dernière fois, ce n’était pas un râteau, c’était de la timidité, mais oui, c’est ça, what else ?!!)
- (ton las) Si si, c’était elle, mais on a échangé, elle a posé sa semaine de vacances. (c’était donc un râteau). Tu vas t’habiller ??


Au bloc.
Un jeune homme et son syndrome de loges des deux jambes : pas très long mais tristouillo-dégueulasse : fonte purulente des muscles, on referme sur rien, il ne marchera plus, y’en a partout, les champs sont marron, noirs, violets ; il se réveille. On enchaîne sur le col fémoral d’une mamie fracturée sous les coups de son poivrot de fils. Salaud. Deux heures du matin, j’ai faim, mal aux jambes, mal au dos sous ce tablier de plomb qui pèse au moins trois fois mon poids, les pieds toujours imprégnés de l’urine alcoolisée du clochard des urgences, j’ai chaud, j’ai la pépie, l’irascible panseuse m’enguirlande parce que mes cheveux dégoulinent de par-dessous la charlotte (conseil pour la prochaine fois: les laisser graisser 2 semaines), je ne cesse de me déconcentrer pour cause de fixette sur les yeux de Marlon au-dessus de sa bavette et sa barbichette sur les cotés (parce que lui, c’est pas grave si ça déborde !), mes handicapantes oreilles me trahissent (eh oui, sous le masque, hors de question de compenser par lecture labiale une fonction auditive foireuse !), le bistouri électrique pue le cochon grillé, les alarmes du scope s’emballent, ça pisse le sang, ma table est mal rangée, je fais tomber des instruments dont je ne connais même pas le nom, on me passe un savon, mes sutures sont moches, Mike-le-chef et Marlon débattent vigoureusement avec la panseuse du conflit Israëlo-Palestinien tandis que mon redon s’entortille, j’en ai marre, j’ahane, j’anhèle, je transpire de partout, mes bretelles se cassent la gueule, mon gant du dessus se fait embrocher par l’aiguille et je ne sais pas si je me suis piquée, l’acrimonieuse anesthésiste -virago !- aussi veut aller se coucher et me blâme pour être si longue, c’est toujours la guerre de religions au dessus de la patiente, je me rends compte que j’ai le pied sur la pédale de l’ampli depuis une bonne minute et nous ai donc tous irradiés, j’en peux vraiment plus, je tire, intriguée, sur un drôle de fil moche et mon redon se détricote, je craque, gémis ; Marlon décolle enfin, froidement, ses (sublimes) yeux de la bande de Gaza pour rajouter un point de peau, sans un mot ; on fait les pansements… on ne peut même pas se déshabiller, il faut attendre les radios peropératoires : le manip’ n’arrive pas, je fais le planton, l’anesthésiste au bord de la crise de nerfs se cogne la tête contre le mur, la panseuse, jetant son ire, crie qu’elle n’est pas une sioniste. Enfin, la radio, j’arrache -les deux pieds généreusement sur la ligne amarile de l’apoplexie- le bleu de bloc ; je peux enfin essuyer la sueur de mon front ; un coup de Stérilium* axillaire bilatéral, faute de mieux ( !), rafistolage de bretelles.

On va manger tous les 3, c’est à l’autre bout de l’hôpital, mais j’ai tellement faim… Oups, BIPBIPBIP, non, on n’y va pas, y’a « un pied diabétique en choc septique » à prendre d’urgence. On retrouve ladite diabétique assise, en train de se marrer pendant que l’interne d’anesthésie lui fait sa rachi’. C’était pas mon idée du choc septique, comme ça spontanément… enfin, « un pied diabétique en choc septique », peut-être que c’est juste le pied qui est en choc septique ???!! Quelque chose me dit qu’on s’est fait arnaquer^^. On jette un œil au pied : orteil noir, puant, terrible. Un bout de mort sur une (trop bonne) vivante. Comme une chimère. Impossible cohabitation. Ça doit être tellement… bizarre d’être partiellement mort. Même rien qu’un orteil. C’est contre-nature, non ? Tous les gens que je connais sont, je crois, soit complètement vivants, soit complètement morts. Il y a aussi la jeune maman en mort encéphalique, là-haut, en réa, et dont les reins continueront probablement à vivre encore, ailleurs ; mais personne, habituellement, ne peut se relever et raconter à l’assemblée ébaubie qu’il a déjà été un peu mort. Privilège que je ne souhaite pas personnellement connaître, loin de moi cette idée, mais je songe, médite, hypoglycémique, vraisemblablement. Marlon enlève le drap qui recouvre encore le pied controlatéral et c’est le fou-rire. Encore plus terrible. Irrépressible. Soubresauts d’hilarité. Sur le pied « sain », il n’y a plus aucun orteil, sauf un, le troisième ; comme si la patiente nous faisait un « doigt d’honneur » avec son pied, railleur, frondeur, subversif, attendant l’assaillant (nous) de pied ferme. Je me mors les lèvres, en vain, et puis la patiente rigole aussi, de l’autre côté du champ, alors je laisse aller, je me laisse secouer par l’esclaffade, c’est pas grave, et c’est pas grave non plus si ce mot n’existe pas. Flot de pus, l’os est bouffé. L’orteil est balancé au milieu des instruments, sur ma table encore immaculée. Je suis sans doute en plein sommeil, en plein cauchemar, n’est-ce pas ? On a tué la mort. Trop forts.

Enfin, à table… nous traversons tout l’hôpital dans le froid, dans le noir, ils parlent toujours de la Palestine. Salle de garde, avec sa traditionnelle fresque obscène. Semelle de viande/pâtes à l’huile, versus et salami/endives : le choix des réjouissances est cornélien. Ça sera kiwi dur-succédané de café, de toute façons il est 3 heures, j’ai plus faim, Mike et Marlon sont toujours passionnément dans la guerre, je me réfugie dans une espèce de coma éveillée avec la sensation de lentement dégouliner de ma chaise comme une coulée de coaltar (…)

« Et toi, t’en penses quoi, on t’entend pas ?? »
Pfff… ça fait longtemps que je ne pense plus à rien, que tout coule et m’indiffère, même le pied contre le mien sous la table… qui était celui d’une chaise, et non celui de Marlon (même en rêve, ça marche pas^^)

Mike va se coucher, Marlon retourne dans le service et moi vers les urgences.
L’indigent alcoolique de tout à l’heure est toujours là, avec son scann’ cérébro-cervical que je découvre: fracture de l’odontoïde. Je ne sais pas si du coup, ça l’autorise rétrospectivement à me pisser dessus, mais ça fait ch***. On rappelle Marlon, qui reçoit sa dose d’objurgations. De la part de l’urgentiste et du patient. Le pauvre type arrache sa minerve, se gratte frénétiquement l’entrecuisse en me faisant des clins d’œil, et m’envoie d’aguichants baisers qui claquent entre les alarmes du scope. Marlon, longanime, ne bronche même pas ( !). Cette soirée est affligeante. Colossalement atterrante.

« Je peux mourir ? à cause de mon os cassé ? et c’est grave ? oui ? qu’est-ce que vous en savez, vous êtes déjà mort, vous ? Vous n’y connaissez rien, alors, foutez-moi la paix, laissez-moi crever, je vais pas mourir ! ».

Je comprends toute seule, soulagée, que ça ne sera pas pour ce soir (ou plutôt ce matin) : parce que patient incurique, parce que 3h30 du matin, parce que 30% de TP, (et ± parce que Mike endormi smilies ).

Ensuite, je m’occupe en solo -litote dissimulant assez mal mon sentiment de déréliction- d’un patient qui ronflait sur un brancard dans le noir depuis 7 heures, amené par les pompiers pour plaies multiples après baston, SDF, la quarantaine, OH chronique, toxico à l’héroïne, épileptique, enfin… pas le genre de patient à laisser croupir 7 heures sur un brancard, quoi^^. Surtout avec un Glasgow 7 (E1 V1 M5). Le genre de consultant dont je sais pertinemment que si le naïf externe -votre serviteur- ne s’y colle pas, le dossier sera bouclé en fin de matinée par l’implacable « parti sans soin ». (S’il a la bienséance de se réveiller spontanément, ih ih).
Première fois que j’ai dû aller jusqu’à la manœuvre de Pierre-Marie Foix : même durant les nuits mythiques de Grande Garde de NeuroChir’ ils grimaçaient au pincement du mamelon^^.
Langue saburrale aspécifique, respiration stertoreuse, mon protégé mâchouille ; pas de morsure de langue (morsure de mes doigts, par contre), ni de pertes d’urines. Remarque, il a peut-être perdu ses urines il y a sept heures, et ç’a séché depuis. Quoi que. Je me suis fait pisser dessus il y a 7 heures, et j’ai toujours la chaussette qui fait floc. Donc, pas de pertes d’urines, adjugé, vendu. Et personne ne viendra vérifier, sinon mon Jiminy Cricket.
Raccourci rapide : plaies + SDF = pas de MG = je lui fais sa VAT (reviendra pour la 2ème injection… ou pas), je bétadine tout ça, petits pansements qui vont bien, j’écris mon mot consciencieusement.

Après… ben après je ne sais plus ce qu’il s’est passé, j’ai un gros trou, j’étais tellement fatiguée, et pourtant bien là, pas le choix. Je me rappelle qu’il y avait 2 IDM dont une dame de 40 ans qui pleurait, un OAP qui se noyait, un AVC qui bavait, un Guillain qui remontait à vue d’œil (un Guillain mal Barré, quoi… arfff, pardonnez, j'ai osé ^^, c’est les nerfs !), une poussée de SEP bizarre qui téléphonait, 3-4 TS par IMV qui croupissaient depuis des heures en attendant le psychiatre (la dernière fois que le psychiatre s’est fait autant désirer, chez nous, il venait de se tuer en moto… R.I.P., R.I.P., R.I.P. …). Et une dame qui ne parlait pas un mot de français et qui venait d’avaler un caustique ménager (pense-t-on) et dont elle n’avait ni le nom, ni l’étiquette, mais ça faisait des bulles, c’est une certitude, et ça vaut cher, les certitudes, à 4h30 ^^. Ils étaient contents, les gentils médecins du centre antipoisons, quand je leur ai apporté cette précision : « on sait pas ce que c’est, mais ça remonte dans sa gorge en faisant plein de mousse »… Tout ça pour un urgentiste médical et 2 internes, normal (crise ou pas, c’est toujours comme ça, bienvenue chez nous…).

Je me rappelle qu’à un moment, on s’est réparti le restant de nuit, soit 2h15 pour 4 externes. Le calcul en lui-même ayant duré un quart d’heure, le partage était plus facile ensuite^^.
Et que j’ai été la seule rappelée, version somnambule désarticulé déambulant, pour un homme sans antécédents qui avait toutes les 3-4… semaines des décharges électriques de 2-3… secondes sur la face antérieure du tibia : aaaaaaaaaaahhhhhhhh !!! Nonobstant trop fatiguée pour que mes nerfs lâchent, j’en parle à l’interne -qui avait laaargement le droit d’être fatiguée, OK- qui, assise sur sa chaise, sans ouvrir les yeux, argumente didactiquement : « le tibia c’est un os, un os c’est de l’ortho, l’ortho c’est de la chir’, la chir’ ça relève du chef de chir, donc tu en parles au chef de chir’… je ne vais quand même pas le mettre sous TEGRETOL* ! »… Ledit chef de chir’ introuvable, même dans le frigo des lits portes, trois étages plus haut ; j’erre… Une bienveillante blouse blanche sans visage vient, badine, me tirer par la manche : « mais il est là Stanley, boxe 12, fallait le dire que tu le cherchais ! ». Je me traîne jusqu’audit boxe, entre timidement, et tombe sur Stanley seul dans le box à plâtres, vautré devant l’ordinateur, sur un site de fonds d’écran Ferrari. J’ai comme l’impression qu’il va gentiment renâcler à la besogne que je m’apprête à lui proposer…
Même plus envie de m’énerver, même pas la force de soupirer, je lui présente le patient (implicitement = « viens le voir, fais ton job, chepa, bouge !! ») :

« Oui, ben c’est une contracture musculaire ! » (implicitement = viens pas me faire ch*** quand je regarde les Ferrari !)- (incrédule)…
- Con-tra-cture mus-cu-laire !!
- (je riboule des yeux) euh… et donc, on fait quoi ??
- (sourcils froncés ; mais , en toute mauvaise foi, c’était peut-être la Ferrari qui ne lui revenait pas) Tu lui prescris un décontractant musculaire et il sort !
- (bouchée à l’émeri+++) je… quoi ?
- dé-con-tra-ctant mus-cu-laire !!
- ah euh… une benzo alors??
- (regard méprisant, de haut en bas, soupesant mon impéritie comme Popeye dans les Bronzés évalue ses « kilos de gonzesses ») Pfff, mais non pas une benzo… un truc en crème…
- genre quoi ?
- chepa moi, écoute, tu tapes « décontracturant musculaire crème » sur Google et tu lui prescrits ça ! »

Et voilà comment le patient se retrouve avec du « DECONTRACTYL CRÈME* » 3 fois par jour, sur une ordonnance signée de ma main néo-prescriptrice, et comme dit l’interne qui voulait le mettre sous TEGRETOL*, « ça lui fera pas de bien mais au moins ça ne lui fera pas de mal ! »…

Et là Stanley me rappelle :
« Au fait, j’ai lu un truc tout à l’heure sur ton observ’, j’ai rien compris…Pour le SDF épileptique alcoolique et héroïnomane… t’as marqué un truc, c’est la première fois que j’entends ce mot, vraiment la première fois… « mâchouillage typique », un truc comme ça, j’ai pas saisi !
- (instant de réflexion intense) Oh !! « Stéréotypies motrices à type de mâchonnement ?? »
- ouais !! ouais c’est ça !! ça veut dire quoi au fait ?
- bah euh… chepa, je me disais qu’un type qui avait des antécédents d’état de mal et qui mâchouillait avec insistance, ça pouvait faire penser à une crise… ? genre crises temporales ?... enfin, je dis ça comme ça… »

(bon, d’un autre côté, si je pensais vraiment à une crise, j’aurais peut-être dû m’affoler, et injecter quelque chose de plus incisif que de l’anatoxine tétanique…Traînez-moi aux gémonies, jetez-moi l’anathème, ce n’était pas un pas de clerc :s)

Retour à l’appartement à 9 heures, je peux enfin me savonner, c'est merveilleux. Moment de grâce. Je me fais une place dans mon lit en dégageant quelques polycopiés, et ronfle jusqu’à midi. Séance de révisions pour les partiels de 14 à 17 à la fac, dans un état amplement second, puis je pars en conférence, portée par un entrain mécanique plus que précaire.
Conférencier archi-cassant, méprisant, « vous êtes le groupe le plus nul depuis que je donne des conf’, tous nuls sans exception, tous, tous, TOUS ! », et quand c’est à mon tous de parler « ouais, tais-toi, tu connais même pas ton cours, c’est lamentable ». En fait, j’étais tellement vaseuse que j’avais décalé d’un dossier, chose qui explique mon inattendue proposition de « quinolones en première intention » en guise de prise en charge d’un cancer colique^^. Pas mal, je sais ^^
Conf’ finie en retard. 23h15, direction le parking, je veux juste rentrer, dormir… je trace dans les rues de Paris… ma voiture est garée au fin fond de l’hôpital. La voilà presque, j’ouvre avec la télécommande… sapristi, j’avais laissé ouvert ??! Bizarre. La lumière intérieure s’allume, ma blouse est étalée sur le siège conducteur, ça aussi c’est bizarre, je ne suis pas souillon à ce point quand même ??! Je m’approche, j’ouvre la portière et… gros bordel, tout est renversé, stétho sur le rétro, boîte à gants grande ouverte, clés par terre, papiers aux 4 coins de l’habitacle, stylos, fiches de paie, cours, boîtiers à CD, marteau à réflexes, bris de verre… bris de verre ?? Grosse trouille, j’ouvre le coffre (drôle de réflexe..), y’a personne dedans, ça va mieux ^^, je fais le tour, la vitre passager est explosée… Crise d’angoisse, de larmes, de pleurs, de nerfs, pleine panique, choquée+++, je n’arrive pas à refaire surface pour faire l’inventaire de la fauche. Je scotche ma vitre (toujours avoir du gros scotch dans sa voiture. Deuxième leçon en 2 jours, après le coup des cheveux gras pour pas qu’ils sortent de la charlotte au bloc), balaye les bouts de verre des deux mains, me coupe, évidemment, j’ai les paumes en sang, en fous partout. Je rentre, chiale. Impossible de fermer l’œil, je tourne et retourne dans mes draps, même pas déshabillée, je suis cassée, me gratte étrangement les poignets ( ?) jusqu’au sang genre phlébotomies à mains nues. Jamais je n’ai eu autant envie d’appeler « SOS détresse amitié » mais bon… j’ai pas le numéro ^^.

Prochaine garde aux urgences la nuit de la Saint-Valentin. Personne n’en voulait, alors je me suis dévouée, faisant pouffer tout le monde quand j’ai lancé, bravache « m’en fous, je serai toute seule ». Objectif secondaire= prince charmant, m’a-t-on dit en guise de lot de consolation. (Mon AVP moto ?? le SDF à l’odontoïde, avec son prurit diffus ?? mon chef de chir en Ferrari ?? mon interne d’ortho ?? mon conférencier ? mon pilleur de bagnole ?? …)


Épilogue :

Aujourd’hui en stage, j’ai forligné et subtilisé une ordonnance pour me prescrire, sans vergogne aucune, de l’ivermectine et du pschitt A-PAR (apprécions le brillant jeu de mots au passage… ils sont brillants, les mecs des labos !) pour les fringues et la literie. La gale : « un seul contact suffit », qu’il dit, le Pilly. Je me sens sale, je me dégoûte. La gale. Il m’a refilé la gale. Le mec qui m’a pissé dessus, avec son odontoïde. La gale. C’est une maladie professionnelle, au moins ??!! Parce que ça va me coûter plus cher que mes 25 euros de « paie » de garde^^ (+ 98 € pour ma vitre de bagnole). La gale. Mon chef m’a taillé au téléphone, quand j’ai prévenu que je ne pourrai venir parce que j’étais chez Carglass répare, Carglass remplace. J’ai donc épargné la gale à tout le service de psy, en fait. La gale, putain ! La gale !

Il va être content, le Prince Charmant^^
_____
JuliE
Top
Yoba
Mme la Ministre de la Santé

Messages : 1298
Enregistré : 24/01/2006
Posté le 31/01/2009 à 16:52 notnew
Génial!!

Vivement la prochaine smilies
_____
« Pigeon! Oiseau à la grise robe,
Dans l'enfer des villes
À mon regard, tu te dérobes,
Tu es vraiment le plus agile. »
Top
Tama
Mme la Ministre de la Santé

Messages : 6130
Enregistré : 06/08/2002
Posté le 31/01/2009 à 17:13 notnew
je suis rassurée, il y a pire garde que mes gardes d'ortho où j'ai cru que j'allais mourir de fatigue et de crise de nerfs !!!!!!!!!!! smilies

mais vous êtes qd mm vachement laissés seuls pdt vos gardes, c'est terrible ? smilies

aller, repose-toi bien, tu l'as bien mérité poulette !!!
_____
Interne power !!!!!!
Top
Cordura
Ministre de la Santé

Messages : 4029
Enregistré : 08/01/2003
Posté le 31/01/2009 à 19:54 notnew
Non mais il faut te décerner une médaille à toi, parce que des gardes aussi pourries du début à la fin, je croyais que ça n'existait qu'à la télé !

Je compatis smilies
Top
wii
Désagrégée de médecine

Messages : 222
Enregistré : 26/06/2005
Posté le 31/01/2009 à 23:20 puis édité 2 fois notnew
ah les gardes aux urgences de KB...toutes horribles...lol..mais là tu n'as vraiment pas eu beaucoup de chance julie...
smilies

mais vous êtes qd mm vachement laissés seuls pdt vos gardes, c'est terrible ?
en fait pendant les gardes dans notre CHU ça dépend vraiment des chefs..une fois j'étais de garde le sénior de garde m'avait donné tous les avis par téléphone..il me laissait raconter mon observ et par tel il me dictait les prescriptions et ordonnait la sortie du patient sans l'avoir examiné..c'était assez frustrant car toute cette nuit là les patients n'avait pas vu de "vrai médecin" mais juste un externe en premier trimestre d'externat qui n'avait pas encore fait le pôle locomoteur à la fac...Mais bon heureusement toutes les gardes n'étaient pas comme celle là.
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arrrrrrrrgggggggggggghhh la D4...
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julyjumper
Patronne (une femme qui en a)

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Enregistré : 13/07/2005
Posté le 01/02/2009 à 12:38 puis édité 3 fois notnew
Merci les coupins, pour m'avoir lue et répondu. Je me rends compte que mon rapport est assez brutal et indigeste... à l'image de ladite garde, en fait^^

(et je sais que les lycéens choisissent en ce moment leur orientation, je ne voudrais traumatiser personne smilies )

Yoba:
Vivement la prochaine!
Le 14 février, donc smilies

Tam'Tam'
Tu as vu, on a inversé les rôles, pour une fois c'est toi la lectrice smilies
mais vous êtes qd mm vachement laissés seuls pdt vos gardes, c'est terrible ?
Oui et non...
Ca fait pas longtemps que je me bouge un peu en garde. Pendant les 25 précédentes, je faisais l'externe bête: l'assurance qu'on ne me demande rien, qu'on me laisse tranquille, qu'on ne m'envoie pas au front, qu'on ne me confie pas de tache périlleuse (pas le moindre point de suture, rien rien rien!).
Soit je ne me bouge/ décoince pas, et la garde est sans intérêt, morne, perte de temps, démobilisante. Soit je sors de ma coquille, je m'expose et... je m'en prends plein la gueule. Et apprends. Au moins un peu. Ne serait-ce que le genre de médecin qu'il me serait répugnant d'être smilies

Cordura
[Oh! Ca faisait longtemps didon!! La dernière fois que nous nous sommes croisés, tu étais en D1, je crois, D2 peut-être. Ta photo a changé, mais pas mon homonyme^^]
Non mais il faut te décerner une médaille à toi, parce que des gardes aussi pourries du début à la fin, je croyais que ça n'existait qu'à la télé !
Celle-ci était vraiment, vraiment exceptionnelle. Ne serait-ce que de recevoir un Guillain, c'est quand même rudement pas banal. Quoi que... je me demande si on n'est pas centre de référence. Je confonds peut-être avec la myasthénie. Ou la neuropathie amyloïde. Je ne sais plus^^
Ceci dit, je porte vraiment, vraiment la poisse en garde^^
A ma deuxième garde, on a reçu aux urgences adultes un jeune de 15 ans et des brouettes, de son prénom "Cheik Mamadou" ou pas loin (et non pas Sergueï comme dans le bouquin de cas cliniques... Sergueï smilies) (au fait je n'avais pas précisé, j'ai changé les prénoms, vous aviez deviné, einh?? ^^). Drépanocytaire qui vient pour une "angine" moche depuis 15 jours, et qui vomit, en plus. Pendant que ça se dispute (c'est un scandale, c'est un patient de pédiatrie, nous on est débordé, en plus c'est une angine, on n'a pas de TDR... oui mais le seuil c'est 15 ans et 3 mois... non mais attends je rêve, c'est 15 ans, ils le reprennent, il est tout petit en plus...), le jeune homme, déjà lipothymique, fait la vraie syncope, 2 fois, se barre franchement
imageen sucette??
imageen TV??
imageen réa??

(les 3 réponses sont correctes^^).
Réa PEDIATRIQUE, au fait smilies

C'était même pas une diphtérie, c'était une angine + une TV, à 15 ans, je n'ai jamais eu le mot de la fin, mais depuis, superstitieuse, j'ai bien bossé mon cours sur la diphtérie, quand même.

Et sinon, le dernier cas de diphtérie en France, c'était à Bicêtre, mais je n'y suis pour rien, promis. Le 29 octobre 2003, je commençais juste ma Terminale ^^

Irène
ah les gardes aux urgences de KB...toutes horribles...lol..
Plus que 7 smilies smilies
Et ce jour-là, ça sera image!!!
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JuliE
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Jokoba
Ministre de la Santé

Messages : 1136
Enregistré : 13/04/2008
Posté le 01/02/2009 à 12:45 puis édité 1 fois notnew
(et je sais que les lycéens choisissent en ce moment leur orientation, je ne voudrais traumatiser personne )

hummm, c'est effrayant ton post smilies (=> moins de L1 l'an prochain => plus de places pour les carrés héhé smilies)

Bon courage pour ta prochaine garde en tout cas, en espérant que la chance sera au rendez vous pour toi
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Bébé carabin Grenoblois, Amateur de Chartreuse, bientôt externe...
VP ANEMF 2011/2012 de l'AEMG, VP Etudes Médicales 2012/2013 de l'ANEMF
Elu au Conseil d'UFR, mandat 2013/2015
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wii
Désagrégée de médecine

Messages : 222
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Posté le 01/02/2009 à 13:03 notnew

ah les gardes aux urgences de KB...toutes horribles...lol..
Plus que 7 smilies smilies
Et ce jour-là, ça sera image!!!

lol.. tu aurais du essayer les gardes de gynéco de jean rostand..c'est le paradis..à 22h c'est fini..et si jamais une femme accouche la nuit tu es bippé..si personne accouche tu dors..Pour l'instant j'en ai fait que 2 et j'ai dormi à 22h à chaque fois...Espérons que ça continue comme ça..
Oui le jour ou tu auras atteint ton quota ça sera la fête..lool
en tout cas après avoir fait les gardes en gynéco et les gardes de neurochir ça ne me donne plus envie de revenir aux urgences de KB...smilies
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Tama
Mme la Ministre de la Santé

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Posté le 01/02/2009 à 13:08 puis édité 2 fois notnew
pour le gamin drépano c'est carrément une honte de lui faire perdre son temps... un drépano ça peut finir trèèèès vite en choc septique, c'était pas le moment de se battre pour savoir qui allait s'en occuper ! smilies et TDR ou pas, chez les drépano, les antibiotiques, c'est automatique !!!


j'ai encore 3 gardes à faire, en espérant pouvoir les faire après l'ENC car là en + je ne sais pas trop où les faire... smilies mais mes 2 dernières gardes en gériatrie, c'était assez cool, ouf ! marre des gardes de merde où tu dors en moyenne 3h et où tu es pris pr la brancardière, la coursière, la standardiste... !!! smilies
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Cordura
Ministre de la Santé

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Posté le 01/02/2009 à 14:08 notnew
Allé, pour te montrer que tu n'es pas seule à en baver les nuits de pleine lune, j'y vais de ma petite anecdote :

Ma toute première garde, en D2, aux urgences médico-chirurgico-traumatiques, j'avais comme antécédent une seule suture (2 points) fait avec un D4, au milieu de ma garde (pour info, à Toulouse, jusqu'à cette année, les gardes duraient 24h), et là, à 2h du mat arrive une femme poignardée à 7 reprises. Etant donné que toutes les plaies (sauf une : pneumothorax) étaient superficielle, l'interne en chir m'a dit de m'y coller. Et voilà comment j'ai passé 4h non stop, de 2h à 6h du mat, à suturer tout seul, debout, dans le froid et la solitude, en gardant un oeil sur le scope au cas où son PNT devienne compressif... Et à 6h du mat, je suis pas allé dormir puisqu'il a fallu l'accompagner au scanner...

Et après, dodo, rebelotte pour une suture du scalp ^^

Après, je savais suturer, certes, même plan par plan, graisse, muscle compris ^^ Mais j'étais démonté.
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chipmunck
Sexternoïde

Messages : 43
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Posté le 01/02/2009 à 17:15 notnew
Quelle garde!Super bien écrit en tout cas, J'ai tout lu d'un cou au lieu de réviser mes partiels, tu devrais publier tes mémoires...

C'est marrant sans y avoir été je vois très bien de quel conférencier il s'agissait...
Je compati en tout cas, la dure vie de l'externe....
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Netaddicta
Mme la Ministre de la Santé

Messages : 901
Enregistré : 26/06/2003
Posté le 01/02/2009 à 19:32 notnew
Oh la vache... Je suis bien heureuse de ne pas avoir fait ta garde. J'ai toujours détesté ce qu'on appelle chez nous les gardes de suture. Je tremble, je stresse et au final je fais une suture moche et je me dis "pauvre patient" et aussi "pourquoi on m'oblige à suturer alors que je suis pas douée et que je veux faire psy; oui oui je sais formation généraliste tout ca tout ca mais bon..."

En attendant j'ai validé toutes mes gardes à la fin du mois de septembre et c'est un vrai bonheur. Prochaine garde je serai interne smilies
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Savoir que l'on ne sait pas c'est déja savoir
Quand y a pas de solution c'est qu'il n'y a pas de problème
En médecine comme en amour ni jamais ni toujours.
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julyjumper
Patronne (une femme qui en a)

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Posté le 01/02/2009 à 19:50 puis édité 1 fois notnew
Pardon Marion de t'avoir détournée du studieux chemin ^^


image
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JuliE
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Bertrand B.


Messages :
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Posté le 04/02/2009 à 08:35 notnew
Héhéhéhéhéhé smilies Comment ça va faire de la pub aux urgentistes ça smilies
Bon sinon, c'est le genre d'expérience à publier sur son petit miniBlog ça, parce que laisser ce genre de récit dépérir au long cours dans un forum, c'est dommage, à moins qu'on le stick en haut smilies

B.
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julyjumper
Patronne (une femme qui en a)

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Enregistré : 13/07/2005
Posté le 07/02/2009 à 12:14 puis édité 5 fois notnew
Bertrand:
Oh!! Merci Patron image

(ça faisait 3 jours que je voyais que tu avais réagi, 3 jours où je craignais une désapprobation et que je n'osais pas ouvrir, pffff)

Bon, alors j'essaie. Si dans une heure il n'y a rien...


[...]
C'a y est image
(faut comprendre, quand même, qu'à la fin il est nécessaire de cliquer sur "publier" plutôt que de laisser en attente... Je ne suis que BAC+5... ^^)
Juste dommage++ qu'il n'y ait pas d'italique/couleur possible sur le MiniBlog. Ca rend la lecture ardue, déjà qu'il fallait s'accrocher...


En tout cas Bertrand, ce n'était pas du du tout un réquisitoire contre les urgentistes (tout au plus un coup de griffe contre mon chef Ferrari de cette garde-là!!). Au contraire, je suis vraiment peinée, affligée des conditions dans lesquelles ils (on!!!) doivent (doit!!!) travailler. Cette nuit-là, il n'y avait plus d'amoxicilline en injectable aux urgences. C'est pas que ça serve beaucoup smilies mais quand même... image

...
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JuliE
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Kiwimath
Mme la Ministre de la Santé

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Enregistré : 25/12/2005
Posté le 07/02/2009 à 15:14 notnew
Et bien je suis pas pressée...





En tout cas très bien raconté! Courage pour samedi prochain!
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... Qu'est ce qui fait tointoin?
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Dany
Chef des sévices

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Posté le 07/02/2009 à 18:04 notnew
Garde superbement contée July, félicitations smilies

Chez nous à Bob' les gardes de chir se font obigatoirement en D2, dés la première j'ai eu droit à un AES, bienvenue aux urgences en clair smilies Déjà qu'à la base je n'aime pas les gestes techniques ...

Pour ma part j'ai eu "droit" à 2 gardes malgré un arrêt de travail en fin de D2 alors que je ne pouvais même pas marcher à cause d'une entorse (et une "patte folle" controlatérale impliquant que je ne sois pas à la base athlète de haut niveau), l'une des toubibs des urgences m'avait même pris pour un patient avec mes 2 béquilles, en effet j'avais une blouse prêtée par un pote mais mon attirail (sthéto, marteau à réflexe, badge orange) était resté dans le casier de l'hôpital où j'étais habituellement en stage smilies Dans cet état au "casse pipe" même le plus valeureux des soldats aurait été démobilisé, mais à l'AP-HP si personne ne peut te remplacer tu te dém.rdes il serait bon que tu fasses l'effort de venir smilies

J'ai omis de le faire, pourtant tout le long du semestre où j'avais ces gardes je m'étais dit qu'après la dernière je déboucherais le champagne smilies

Quant au bloc, c'est déjà une galère à la base quand on ne s'y intéresse pas, mais en plus quand normalement on n'est pas censé pouvoir rester longtemps debout et qu'au final ça dure des heures et des heures la fin de ce stage fût une bénédiction smilies

Lors de ma 1ère D3 (après ma seconde D2 smilies ) j'ai demandé tout de suite en arrivant en gynéco à ne pas faire de bloc, j'ai juste été voir une césar' parce que c'est vrai que faire un stage de gynéco sans voir ce type d'interventino eut été regrettable ... Avec ma canne dans le bloc (désinfectée au Sulfanios je précise) le Dr House n'avait qu'à bien se tenir !

Prochaines gardes pour moi, peut être cette année, si pour mon stage de 2ème D3 je fais la réa, je serai fixé le mois prochain. Normalement les gardes de réa c'est plus tranquille aux urgences, la seule que j'ai pu faire durant ma 1ère D2 (avant là aussi d'être en arrêt de travail pendant la moitié de mon premier stage d'externe) j'ai pu dormir de minuit à 8 heures, je n'ai pas eu à examiner qui que ce soit et j'ai juste recopié des constantes sur des pancartes, pour quelqu'un comme moi qui veut devenir anapath ou bio med (si ça se goupille bien à l'ENC, sinon ce sra psy ou santé pub ... voire MG) j'espère que toutes les gardes de réa seront ainsi smilies
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Tama
Mme la Ministre de la Santé

Messages : 6130
Enregistré : 06/08/2002
Posté le 08/02/2009 à 01:47 notnew
voila j'ai rendu le sujet important grâce à mes super pouvoirs smilies c'est la moindre des choses pour une externe qui adore mettre pleins de smileys partout et qui + est cite gérald de palmas en début de son récit, ce sont les meilleures ces externes-là... smilies smilies
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Interne power !!!!!!
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Bertrand B.


Messages :
Enregistré : 01/01/1970
Posté le 08/02/2009 à 11:00 puis édité 1 fois notnew
Euhhhh je vais voir ce que je peux faire pour l'italic smilies C'est plus un oubli, en fait j'avais réservé ça aux citations (qui sont en plus décallées de la marge)
Pour la couleur, je suis pas trop pour, ça casserait peut être le visuel global du site (et puis dans les roman, on a jamais vu de passage en couleur smilies même chez les plus rudes smilies "Euhh le Proust là, vous l'auriez en couleur parce que .... smilies )

Sinon je t'ai indiqué dans les commentaires comment faire pour mettre du de palmas en fond, tu colles le lien donné dans le générateur (un clic sur le bouton générateur en dessous de la ou tu mets du texte et il apparaitra), tu valides, tu mets le curseur là où tu veux que le lecteur deezer soit incrusté, et tu cliques sur le lien fourni par le générateur ce qui l'insérera à la position voulu.

a+

B.

PS : c'est ok pour l'italic
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julyjumper
Patronne (une femme qui en a)

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Enregistré : 13/07/2005
Posté le 08/02/2009 à 20:50 puis édité 3 fois notnew
Merci Patron, that's great!

Et puisque tu parles de Proust...
En voici 3 jolies, pour tous les gens qui "galèrent" en gardes^^

"Les jours sont peut-être égaux pour une horloge, mais pas pour un homme."

"Ce qui pour nous fait le bonheur ou le malheur de notre vie, constitue pour tout autre un fait presque imperceptible."


Et pour tous les Remédiens qui ont eu le courage de se plonger dans mon histoire: "La lecture est une amitié." image


Bien vu, bravo Marcel ^^
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JuliE
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