Posté le 16/09/2003 à 15:27

Oui, je laissais bel et bien entendre une sélection avant l'entrée à la fac. J'ai déjà expliqué ce que j'en pense dans d'autres messages mais je peux résumer ici.
Je trouve ça bête de faire perdre des années à beaucoup de gens (seulement 20% environ de ceux qui tentent le concours l'ont chaque année), même si ce n'est "qu'un an ou deux" et que certains diront que "ça fait grandir" et qu'ils y auront tout de même appris "plein de trucs intéressants". Je ne m'aventurerai pas du côté de tous les effets destructeurs (estime de soi...) d'avoir échoué ce concours, de se retrouver devant rien au bout de 2 ans et d'avoir en plus perdu toute possibilité ou presque de réaliser son rêve (de devenir médecin). Ni du désagrément inhérent au vécu de la P1 (compétition, travail sans avoir de vie à côté dans bien des cas...). Souvent, heureusement, ce n'est pas si mal vécu et la réorientation se passe très bien... mais c'est tout de même bien dommage.
Une sélection avant l'entrée me paraît plus humaine et respectueuse. C'est le système qui est en place ici et qui se base à 50% sur les notes et à 50% sur d'autres critères (entretien, lettre de motivation et/ou test de personnalité). Ce sont les notes qui sont regardées en premier lieu, et si elles sont assez fortes on est ensuite invité en entrevue.
L'entrevue est une bonne occasion de faire valoir son côté humain, le fait qu'on ait des amis, une famille, des activités, qu'on aide déjà les autres (bénévolat par exemple), qu'on fait du sport, qu'on est équilibré (et pas juste intéressé par ses notes), et aussi qu'on sait dans quoi on s'embarque, qu'on s'est informé sur la médecine. Dans les facs où les APP se pratiquent, ils regardent aussi notre capacité à s'adapter à cette méthode (capacité de communiquer et travailler en équipe). Advenant le cas où on a un problème personnel, l'entrevue ou la lettre sont aussi un bon moment de le faire mettre en balance dans le dossier, par exemple pour expliquer des notes un peu plus basses. On a 10 frères et soeurs à s'occuper, on vient de perdre sa mère, on relève d'une grave maladie, etc.
Il y a 4 facs au Québec, et les candidats font généralement des demandes partout pour être jugés par 4 comités d'admission différents. Cela limite les risques de discrimination basée sur de mauvais critères (stéréotypes, délit de "sale gueule"...) : si on est refusé partout, c'est vraisemblablement que l'on n'avait pas à être admis cette année-là.
Concernant les notes, nous n'avons pas la chance d'avoir le bac, un examen universel de valeur connue, que tout le monde passe et portant sur un contenu précis et défini. Ici, c'est plutôt contrôle continu avec examens maisons, programmes variables, établissements de niveau variable, classes de niveau variable, etc. Pourtant, il y a moyen, par de longs calculs compliqués qui s'appliqueraient sûrement encore plus facilement en France vu le bac, de tenir compte des disparités dues au niveau de l'établissement, de la classe... Ça s'appelle la cote R (si vous tenez à faire une recherche sur le sujet

). Et en plus ça permettrait de rentabiliser le bac, qui est déjà passé de toute manière.
Et à ceux qui disent qu'on n'est pas forcément bon au lycée parce que pas motivant, etc. Si l'enjeu se trouvait sur le bac, la motivation et l'effort ne seraient plus du tout la même. Et concernant l'enjeu d'un seul examen (le bac), toujours un peu aléatoire et relevant de la chance, un pourcentage de l'évaluation pourrait être laissé pour le contrôle continu en Term et éventuellement en 1ère.
Concernant ceux qui sont refusés, ils ont ici tout le loisir d'entamer des études dans un autre domaine (biochimie, pharmacie, véto, dentaire, ou autre) et de refaire des demandes (avec leurs nouvelles bonnes notes à l'université) dans les 4 facs jusqu'à être admis (sans aucune limite), si entre temps ils ne se découvrent pas une passion pour leur domaine d'études. Et dans ce cas on leur fait sauter la première année. Donc ici aussi, il y a parfois "perte d'années" dans certains cas. Mais cela permet aussi plus facilement des reconversions diverses et variées, et me semble moins destructeur.
À part ça, une fois rentré, on a des notes minimales à atteindre dans le contrôle continu pour être promu chaque année, sinon examens de rattrapage, redoublement ou éjection... Mais je pense que c'est pareil chez vous.
On m'a déjà fait valoir que ce système n'est pas universel et qu'il est élitiste. Je ne vois pas l'intérêt d'être universel si c'est pour faire autant de tort à autant de monde. (Les prépas maths sup/maths spé ne sont pas universelles non plus alors dans ce cas...) Quand à l'élitisme, ici, on ne sait même pas ce que ça veut dire...

On fait une sélection parce que trop de monde veulent être médecins par rapport à ce que le système de santé public peut payer, point final.
[Edité le 16/09/03 par Ebb]
"Choisir, c’est se priver du reste." (André Gide)
"Guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours." (Louis Pasteur)