Posté le 18/01/2007 à 13:35

Article du monde du 9 janvier 2007
En Allemagne, le néerlandais DocMorris repart à l'offensive pour ouvrir une chaîne de pharmacies
Pour la seconde fois, DocMorris, le groupe néerlandais de vente de médicaments par correspondance, tente de lancer une chaîne de pharmacies en Allemagne. Selon le magazine Der Spiegel, le groupe devait ouvrir lundi 8 janvier une filiale à St. Wendel, en Sarre.
DocMorris avait déjà tenté de s'implanter outre-Rhin en rachetant, en juillet 2006, une pharmacie située à Sarrebruck. S'appuyant sur le droit européen, le ministère de la santé du land de Sarre l'avait autorisé à ouvrir une succursale. Mais, à la suite de la plainte de trois pharmaciens, le tribunal administratif de Saarlouis avait ordonné sa fermeture en septembre 2006, en invoquant le droit allemand.
Pour protéger les pharmaciens de la concurrence, la législation prévoit en effet que seules des personnes physiques, et non des sociétés anonymes, peuvent vendre des médicaments outre-Rhin. Elle prévoit aussi qu'un pharmacien ne peut détenir plus de trois magasins.
Le haut tribunal administratif de Saarlouis doit désormais se prononcer sur l'éventuelle adaptation du droit allemand à la juridiction européenne. Le gouvernement a déjà fait savoir, au cours de l'été 2006, qu'il modifierait immédiatement la législation si la justice prenait une décision dans ce sens.
RÉDUIRE LES PRIX
En attendant, pour contourner le droit allemand, le groupe hollandais recourt à un artifice juridique : le pharmacien reste propriétaire de son magasin, mais verse des droits d'exploitation pour l'utilisation du logo DocMorris. Grâce à ce procédé, le groupe espère ouvrir jusqu'à 500 magasins en Allemagne d'ici à 2009.
Son arrivée sur le marché inquiète les 21 500 pharmaciens d'outre-Rhin. Déjà concurrencés par la vente de médicaments sur Internet, ils voient d'un très mauvais oeil l'implantation de chaînes de magasins.
A St. Wendel, DocMorris devrait proposer, pour les médicaments non soumis à ordonnance, des réductions de prix jusqu'à 30 % par rapport aux pharmacies traditionnelles. En revanche, pour les médicaments nécessitant une prescription, les prix sont fixés par l'Etat. Dans ce segment, le groupe néerlandais espère une rapide libéralisation. « Nous nous battons pour qu'on aboutisse également à une situation de concurrence pour les médicaments soumis à ordonnance », souligne Ralf Däinghaus, patron du groupe, dans le Spiegel.
Selon de nombreux experts, une libéralisation du marché des pharmacies permettrait de réduire les prix des médicaments et donc les dépenses des caisses d'assurance-maladie. Le ministre de la santé de la Sarre, Josef Hecken (CDU), estime que la fin du monopole des pharmaciens permettra de réduire le coût des médicaments de 5 % à 8 %. Les dépenses des caisses d'assurance-maladie ont atteint 25,39 milliards d'euros en 2005, en hausse de près de 17 % par rapport à l'année précédente.
La Fédération des associations de pharmaciens met en garde, elle, contre une détérioration dans la prise en charge des patients et le risque d'envolée des prix.