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Témoignage d'un "dino" bientôt docteur ...

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xavierc
Jeune Bizut

Messages : 1
Enregistré : 20/08/2007
Posté le 20/08/2007 à 16:21 puis édité 1 fois notnew
Salut,

J'ai trouvé beaucoup de témoignages de personnes en début de cursus mais assez peu de témoignages de "dinos" médecins ou en fin d'internat ; le mien pourra (peut-être smilies en intéresser quelques uns.

Je suis rentré par la passerelle D1 en 1999 ... à une époque où il n'y avait qu'une dizaine de places sur toute la France. Initialement, j'ai fait une école d'ingénieur (Centrale Paris) puis un peu de recherche en biologie fondamentale (DEA puis début de thèse de science). Puis ai débuté mon externat à Necker.

Début d'externat très tranquille : les connaissances de P1-P2 vraiment nécessaires (un peu d'anat, un peu de physiologie et de la sémiologie) s'apprennent rapidement (décrire tous les rapports de la crosse aortique, on s'en fout assez rapidement ..., l'important, c'est de savoir lire un scanner smilies). Bref, l'absence de P1-P2 ne doit vraiment pas faire peur aux "dinos".

A partir de la D2, découverte de l'externat : matin à l'hôpital et après-midi parfois en cours et au final le plus souvent à la bibliothèque. On est vite déstabilisé par l'enseignement à l'hôpital (le soit-disant compagnonage) : les internes ont peu de temps pour nous apprendre des choses, les chefs de pic-niques encore moins. Quant aux Praticiens Hospitaliers et les professeurs, ils n'en ont franchement rien à faire (à de rares exceptions près bien entendu ...).

Pour comprendre cet état de fait, il faut faire une disgression : la prise en charge des patients au quotidien en CHU est réalisée en grande partie par les internes et les chefs de clinique, ce qui est paradoxal puisqu'ils sont les moins expérimentés. La mission des universitaires (nos maîtres de conférence et les professeurs, "l'élite" - ou perçue comme telle - du CHU ...) est triple : recherche, enseignement et soins aux patients. Et j'oublie la fonction de chef de service (ca fait quatre ...). Et c'est tout le problème : il est impossible de s'occuper en même temps de l'essai thérapeutique multicentrique d'une nouvelle molécule dans la sclérose en plaques, d'expliquer la médecine à l'externe au lit du patient et de prendre en charge le patient qui fait son choc septique (= infection gravissime qui vous tue un patient dans l'heure). Il faut donc choisir son camp : recherche, enseignement, pratique médicale ? La progression dans la hiérarchie du CHU se faisant quasi-uniquement par l'acquisition des titres et travaux (ie la recherche médicale), votre camp est désigné d'avance si vous voulez progesser dans cette hiérarchie. Bref, exit l'enseignement (d'où des cours souvent médiocres de la part des professeurs, voire une absence de cours ...), exit les soins (délégués aux internes et aux chefs de clinique). Exit même la moindre réflexion poussée sur l'organisation du service et de l'hôpital : de toute façon, vu que les professeurs délèguent les soins, ils ignorent comment fonctionne leur unité d'hospitalisation (la légende raconte qu'un chef de service de Necker mettant par hasard les pieds dans son service s'est fait dire par l'une de ses aides-soignantes qu'il ne pouvait pas rentrer car les visites des familles ne se faisaient que l'après-midi smilies). Bref, on comprend très bien pourquoi l'enseignement est merdique, les soins délégués aux internes et chefs de clinique et l'organisation des services totalement bordelique.

Revenons à mon modeste parcours : en D3-D4 arrive la préparation au concours de l'internat. Et c'est aussi l'heure du bachotage : conférences le soir (système privé de cours faits entre 19h et 23h par des internes ou des chefs de clinique, et qui se subsitue à l'enseignement défaillant de nos facultés : c'est souvent bien fait et ça prépare bien au concours de l'internat). Période difficile à vivre quand on est "dino" car apprendre par coeur un cours est un exercice que l'on fait docilement à 18 ans, en contestant à 25 ans, et qu'on ne veut plus faire à 30 ans. Vous faites des cas cliniques à tout bout de champ, vous vous tapez des "zéros au dossier" sans arrêt. En y repensant, c'est comme ça que j'ai acquis mes réflexes de médecin et j'en garde un bon souvenir. Inutile pendant ces deux années de penser à avoir une vie de famille équilibrée ou à travailler à côté pour financer ses études ; ou alors vous renoncez à être compétitif pour le concours (l'ENC comme il s'appelle maintenant) et donc vous renoncez à pouvoir - éventuellement - choisir votre spécialité.

Au final, l'externat, c'est du bachotage dans les livres, des cours en faculté assez médiocres et la découverte de l'univers de l'hôpital : vous faites de observations médicales que personne ne lit et vous rangez manuellement des feuilles de papier sur lesquels sont écrits les résultats des analyses de sang des patients parce que l'hôpital n'a pas su automatiser cette tâche (imaginez une banque qui fonctionnerait comme ça, vous la quitteriez tout de suite ... :madsmilies.
Mais c'est aussi la formidable possibilité de comparer vos cours théoriques à la pratique quotidienne, de comprendre concrètement ce qu'est un lymphome, de voir en pratique comment on prend en charge un infarctus ou un arrêt cardiaque, et d'examiner des patients. Et cette double approche théorie / pratique est d'une richesse infinie.
Pendant cette période, vous êtes très peu payé ... Avant de râler, n'oublions pas que dans bien des universités étrangères, il faut payer 8000 dollars / an pour faire son externat ...

Arrive l'internat : enfin vous allez prescrire ! Personnellement, j'ai choisi de quitter Paris et de faire de l'hématologie (leucémies et lymphomes grosso modo) et de la cancérologie (un peu) à Nantes. Il y a encore 6 mois, vous rangiez vos examens complémentaires, une tâche que vous auriez pu faire en primaire. Maintenant, vous devez prendre en charge totalement vos patients et - dans bien des services - vous êtes seul tant sur le plan médical que relationnel avec les patients : vous devez gérer seul l'infarctus en service de dermatologie et affronter les questions du patient atteint d'un cancer métastatique à qui l'on n'a jamais expliqué (ou qui n'arrive pas à accepter) qu'il ne guérira jamais et que les mois sont comptés.
Vos chefs de clinique vous donnent leur avis (de qualité le plus souvent) dans leur propre spécialité ...mais quand le problème ne relève pas de la spécialité du service vous êtes bien seul ... et vous êtes souvent meilleur que votre chef de clinique. Bref, il vous faut demander des avis, aller négocier les scanners ... et c'est un cauchemar. En effet, l'hôpital (surtout le CHU) est un milieu très hiérarchique : un chef de clinique, un PH peut tout à fait envoyer ballader un interne sans avoir à se justifier (le contraire n'étant bien évidemment pas possible). Bref, tout dépend de la bonne volonté de l'interlocuteur : et s'il est mal luné, il ne vous aidera pas. Et si vous vous souvenez de l'une de mes nombreuses disgressions dans cet insupportable monologue, vous vous souvenez que votre interlocuteur n'a aucun intérêt à vous aider (ça ne lui apporte pas de publication ...). Bref, tout dépend de son humeur et de sa morale personnelle. Vous apprendrez vite à savoir qui se donne la peine de vous répondre et qui vous envoie balader. Le drame dans tout ça, c'est que tout l'hôpital aussi si bien que les personnes de bonne volonté (il y en a aussi à l'hôpital) sont très vite saturées par les demandes : c'est l'effet "bonne poire". Et c'est ce qui fait tomber des médecins "gentils" "du mauvais côté de la force". Tandis que les personnes "moins aidantes" ne reçoivent quasiment pas de demande d'avis (puisqu'elles envoient balader les gens, on ne leur demande plus rien). Si l'on analyse de façon cynique cette comédie humaine, on se dit que le médecin "salaud" a bien raison : tout le monde le laisse tranquille et ça lui donne du temps pour publier, devenir professeur et prendre le pouvoir ... smilies

Le point positif dans toute cette histoire, c'est que vous avez une vraie responsabilité et que vous êtes en contact direct avec les patients : c'est gratifiant.

Vous avancez dans l'internat et vous apprenez ... Concernant l'enseignement, il reste inexistant de la part de vos "maîtres" comme on les appelle. Vous vous rendez compte que l'internat, c'est comme l'externat : pour éviter de devenir un bricoleur de la médecine, faut travailler dans les bouquins par soi-même (ou plutôt lire des publications quand on est interne) ... c'est à dire en dehors de l'hôpital. Pas si facile quand on passe déjà le plus clair de son temps à l'hôpital.

Puis arrive le moment où vous êtes en mesure de donner des avis. Ca aussi c'est gratifiant. En plus, vous avez fait de la médecine pour soigner et "promis, je serai jamais comme ces chefs qui nous envoient balader". Vous prenez donc le parti d'être un "gentil" ... tout le monde vous sollicite parce que vous n'envoyez pas ballader les gens et qu'en plus vous vous déplacez dans les autres services pour examiner les patients. Vous êtes saturés, et parfois "y'a vraiment des questions connes". Vous auriez presque envie d'en envoyer balader certains tellement c'est con ... Attention, on tombe facilement sans même s'en rendre compte "du mauvais côté de la force".

Vous découvrirez aussi les "périphériques" pendant l'internat : les hôpitaux non CHU souvent départementaux. L'ambiance y est totalement différente des CHU. On y fait pas ou peu de recherche clinique, et les médecins vont davantage au charbon vis à vis des patients : l'ambiance y est souvent meilleure. Le mauvais côté des choses, c'est que l'on ne leur donne pas toujours les moyens de travailler ... En CHU, certains médecins auraient tué père et mère pour devenir professeur et chef de service ; en périph', c'est une corvée, c'est une activité supplémentaire à faire en plus de l'activité de soins (et ne comptez pas sur le directeur de l'hôpital pour alléger la charge de soins sous prétexte qu'un médecin dirige un service ...). Comment faire pour hospitaliser 4 patients alors qu'il n'y a qu'une chambre de disponible ?
On y trouve des médecins dévoués à leur travail, des médecins consciencieux et des médecins qui - ayant la sécurité de l'emploi - sont de vrais fainéants ... Le monde parfait n'existe pas, y compris en médecine.

Je me prépare à faire un clinicat d'hématologie.
Les jours où l'on n'est pas heureux, on dit plein de vérités du genre : "les rapports médecin - patient ont bien changé, les patients sont de vrais consommateurs et vous engueulent alors même que vous coupez en 4 pour les soigner, que vous passez certaines nuits de garde sans dormir pour des gens qui pensent que la santé est un dû". En cancérologie notamment, le désespoir de certains patients se transforme parfois en agressivité. Ils vous reprochent pleins de choses auxquelles vous ne pouvez rien : les délais d'attente, l'indisponibilité de vos chefs etc ... Et je ne vous parle pas de la hantise de "l'erreur médicale" qui peut paralyser ... (et qui paralyse certains médecins d'ailleurs ... : comme dit l'adage, les seules personnes qui ne font pas d'erreur sont celles qui ... ).

Autre point négatif, notre "bon" vieux système de santé se meurt et vu le déficit de la sécu, ça ne va pas durer éternellement vu que ça dure déjà depuis longtemps ... Et comme le système de santé est incapable de se réformer lui-même, faut qu'on se prépare à des lendemains qui déchantent (tant pour les patients qui devront payer plein pot d'ailleurs que pour les médecins).
Nos dirigeants ayant été échaudés par la triste affaire de la canicule ont nettement augmenté le numerus clausus et l'entrée directe en P1. Le seul problème, c'est qu'ils n'ont pas augmenté en proportion les postes de chefs de clinique ni les postes de PH. Ca peut paraître lointain quand on est externe mais pour des spécialités comme la chirurgie ou la gynécologie-obstétrique, ça devient vite problématique : en sortant de l'internat, un obstétricien n'a pas encore les compétences chirurgicales suffisantes pour opérer en solo : il lui faut au moins un clinicat ... Et pour parler de la situation Nantaise, il y a beaucoup plus d'internes que de postes de chefs de pic-nique. Les internes de gynéco-obstétrique qui n'ont pas leur poste vont donc se diriger vers la gynécologie médicale et la crise des obstétriciens va donc perdurer ...

Enfin, notre "bon" vieux CHU se meurt aussi : incapable de se réformer lui non plus avec des conditions de travail en constante dégradation, les personnes qui sont aux commandes (si tenté qu'elles existent vraiment) ont totalement perdu le contact avec la réalité du terrain ... que va-t-il devenir cette institution devenue totalement inorganisée ?

Enfin, point que je regrette probablement le plus, une fois installé en libéral ou nommé praticien hospitalier, votre carrière n'évolue plus et votre métier pas d'avantage. Vous soignez des patients jour après jour jusqu'à votre retraite tel un ouvrier dans une usine sans bien souvent avoir la possibilité de développer des projets et de construire quelque chose. Le milieu médical a toujours considéré qu'un médecin, c'était fait pour soigner un point c'est tout. Et il est extrêmement difficile de développer un projet original sans l'appui de la direction de l'hôpital ou de votre chef de service. D'ailleurs, vous ne pouvez plus penser à ce projet vu qu'il y a 10 patients qui attendent dans la salle d'attente et qu'il faut vous dépêcher ...

Les jours où l'on est heureux, on se dit "qu'on sauve des vies" et que c'est formidable. Et quand on ne sauve pas les patients, on essaie de les accompagner vers le décès dans la dignité et ça reste un beau métier quand même. Quand, de temps à autre, un patient ou une famille vous remercient, c'est la vraie bouffée d'air frais et c'est gratifiant.

Au total, quand on additionne "les + et les -", je me dis qu'on fait un métier qui tente de faire avancer notre petite humanité dans le bon sens et c'est déjà pas si mal.

Voudrais-je faire cela jusqu'à ma retraite ? Vu l'état d'épuisement et d'aigreur de certains médecins qui arrivent à la retraite, ça ne donne pas très envie ... Et puis peut-être aurais-je envie de mener à bien des projets, de construire des choses concrètes, ce que le métier de médecin en lui-même ne permet pas ...

Le métier parfait n'existe pas ...;)
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sage-nico
Ministre de la Santé

Messages : 710
Enregistré : 12/07/2006
Posté le 20/08/2007 à 17:08 notnew
Merci pour ce témoignage ... J'espère qu'il sera lu par beaucoup, notamment lycéens... Qu'ils prennent conscience le plus tôt possible dans quopi ils s'engagent !
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sage-nico


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Stouph
Chef des sévices

Messages : 374
Enregistré : 09/05/2004
Posté le 20/08/2007 à 17:16 notnew
Oui merci pour ce témoignage smilies Le tableau du CHU que tu décrit est effrayant mais tellement vrai... (du moins pour ce que j'en ai vu).
Félicitations pour ton parcours et bonne continuation.
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Tama
Mme la Ministre de la Santé

Messages : 6130
Enregistré : 06/08/2002
Posté le 20/08/2007 à 17:22 notnew
Très réaliste smilies (trop !!!!! smilies ) et bon clinicat à toi smilies
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Interne power !!!!!!
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Monaco
Ministre de la Santé

Messages : 1081
Enregistré : 09/05/2005
Posté le 20/08/2007 à 18:11 notnew
Excellent témoignage .. moi je serai pour qu'il intègre les documents de remède ..
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Chirurgien-Dentiste depuis 2012
New-York University Orthodontic program 2014
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micabulle
Ministre de la Santé

Messages : 1629
Billets de blog : 1
Enregistré : 14/05/2002
Posté le 20/08/2007 à 19:40 notnew
Quel courage en tant que dino de faire une spé longue + un clinicat...
J'suis déjà par moment fatigué par tout ce qu'on nous demande, il est a priori hors de question de faire une spé qui exige un clinicat.
Si je fais de l'hospitalier (il y a peu de chance) il est aussi inenvisageable que je fasse une carrière dans un CHU...j'ai bcoup bossé dans dans un centre périph, et l'ambiance y est 100 fois plus agréable.

J'croyais un temps aussi que les études de médecine s'apparentaient à un compagnonnage...grosse désillusion de ce côté là. C'est la démerde complète, ou parfois tu tombes sur un passionné, mais c'est rarissime.

Pour l'instant je ne regrette pas mon parcours, mais j'ai peur pour la suite.

Merci de ce témoignage.
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Vieil interne
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Yoda300
Chef des sévices

Messages : 435
Enregistré : 20/09/2004
Posté le 20/08/2007 à 20:21 notnew
Bon témoignage, très réaliste.
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L'homme n'est pas fait pour travailler, la preuve c'est que cela le fatigue. (Voltaire)
A quoi bon apprendre ce qui est dans les livres, puisque ça y est ? (Sacha Guitry)
La forme même des pyramides d'Egypte montre que déjà les ouvriers avaient tendance à en faire de moins en moins (Will Cuppy).
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Caro B
Reine des dinos

Messages : 786
Enregistré : 03/11/2003
Posté le 21/08/2007 à 00:47 notnew
Merci Xavier d'avoir pris le temps pour ce témoignage si long!

Félicitations pour ton parcours, c'est vraiment un bel exemple pour nous re-motiver.

J'ai par moment un éclair de lucidité où je réalise pleinement le sacrifice de ces années dans lesquelles j'entre à peine...
Allons 2 ans de bagne, puis ensuite se faire exploiter 3 à 5 ans, faut avoir une case en moins franchement! Sérieux, ils sont fous ces médecins.
J'ai pas fait la psy mais ça ressemble à un beau syndrome collectif, ce que l'on vit smilies


[Edité le 21/08/07 par Caro B]
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"In Science and in Medicine, I was a stranger, you took me in" Miracle Drug, How To Dismantle An Atomic Bomb, U2

"Même s'il faut briser des murs en soufflant dans des trompettes ou à forces de murmures, J'irai au bout de mes rêves, Tout au bout de mes rêves, Où la raison s'achève, Tout au bout de mes rêves..." JJG bien sûr! :D
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huggy34
Externe (diplomé secrétariat médical)

Messages : 69
Enregistré : 04/12/2005
Posté le 21/08/2007 à 22:50 notnew
Le métier parfait n'existe pas ...;)
Merci à toi. huggy34.
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Kinase
Externus-minus

Messages : 37
Enregistré : 11/04/2007
Posté le 21/08/2007 à 22:57 notnew
Bonjour,

Merci à toi pour ce témoignage, c'est en effet intéressant d'avoir le point de vue de qq'un qui est passé par cette passerelle.

Une chose me surprend cependant : c'est le ton si négatif de ton témoignage. Contrairement à ceux qui ont posté ci-dessus, il ne me semble pas que tu aies l'air heureux de ton sort. Pour 10 ou 15 lignes de critiques, il n'y a qu'une ou 2 lignes de points positifs, et ça alterne (c'est vraiment curieux la manière dont est construit ton message, ça m'a sauté aux yeux...). Je me trompe peut-être mais je ressens plus d'aigreur et de déception que d'enthousiasme et d'épanouissement. Au point que tu sembles envisager autre chose (et tu as raison, rien de pire que de stagner dans un endroit où on n'est pas bien, faut bouger et aller de l'avant).

D'où mes questions : es-tu réellement satisfait de ton parcours ? Avais-tu expérimenté le métier de médecin par des stages, des associations, du secourisme, des discussions avec des médecins, des cancérologues ?

Je comprends que la spécialité hématologie-cancéro ne soit pas des plus faciles, car le médecin ne guérit malheureusement pas tous ses patients. Ou sont-ce d'autres problèmes personnels qui te font voir ce milieu à travers des peaux de saucisson (vie de famille difficile à concilier etc) ? Regrettes-tu finalement le métier d'ingénieur centralien, dont tu as sans doute des nouvelles par tes anciens collègues ? Ou est-ce finalement un tempérament de voir le verre à moitié vide et de ne jamais se satisfaire de ce que l'on a ? A moins que le but de ce message ne soit de décourager les touristes et les indécis pour la passerelle ?

Rien ne t'empêche de conjuguer tes compétences de physique-maths et la médecine, bien au contraire, c'est même le but de cette passerelle.

Ton témoignage me fait penser à mes impressions en découvrant réellement le monde de la recherche biomédicale : la déception, tout en essayant de se persuader que ce n'est pas si mal, on en a tellement bavé pour arriver là et tellement de monde voudrait être à notre place que l'on ne se plaint qu'à demi-mots.
Moi qui viens tout juste d'être acceptée pour la D1, après une école d'ingé et une thèse en cancéro, je suis gonflée à bloc et je pense partir en connaissance de cause. Je pense avoir davantage de maturité qu'il y a quelques années et prendre les querelles de chapelles et les dédalles de l'administration et de l'enseignement avec plus de recul et de détachement, le système D. Ca ne me surprend pas qu'il faille se débrouiller seul et aller chercher les infos, c'est souvent l'erreur que font les jeunes étudiants (et que j'ai faite aussi) qui attendent un cours et des explications toutes cuites dans le bec. C'est ce que j'ai compris en école d'ingé, en stages, en thèse, et en enseignant moi-même : il faut anticiper et aller à la pêche aux datas...
J'espère que toute cette motivation ne retombera pas comme un soufflé. Une de mes motivations est justement de ne pas être aigrie comme le sont certains à 40 ou 50 ans car ils sont frustrés de ne pas être à la place qu'ils estiment être la leur, et qu'ils ne sont pas allés jusqu'au bout de leur rêve.

Bref, voici ce que ce témoignage m'inspire... Je te remercie encore de nous en avoir fait part. Ca donne matière à réflexion ! smilies

Bon courage pour la suite ! smilies

[Edité le 21/08/07 par Kinase]
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Mig3712
Jeune Carabin

Messages : 16
Enregistré : 20/10/2006
Posté le 21/08/2007 à 22:58 notnew
Merci pour le témoignage, très interessant.
Plus ou moins, tout fout le camp, c'est la démerde. Mais finalement, c'est un peu à l'image de notre société. Moi qui vient de l'industrie, je sais que c'est à peu près pareil. Bien entendu, tout n'est pas noir, mais le principe est simple et le même partout. D'un coté les ambitieux, de l'autre les passionnés. Finalement, c'est ça le sacerdoce du médecin, le sacrifice pour la cause. Et puis, si notre système de santé foire de plus en plus, qui va s'occuper des malades sans droits, sans assurances. Les pauvres couillons passionnés qui ont la foi (médicale) bien sur. Mais en restera t'il encore?
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Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre
toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen.
Emmanuel KANT 1785
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Mig3712
Jeune Carabin

Messages : 16
Enregistré : 20/10/2006
Posté le 21/08/2007 à 23:05 notnew
je pense partir en connaissance de cause. Je pense avoir davantage de maturité qu'il y a quelques années et prendre les querelles de chapelles et les dédalles de l'administration et de l'enseignement avec plus de recul et de détachement, le système D.
Je ressens la même chose que toi Kinase, et cette prise de conscience est possible grâce aussi à des témoignages comme celui de xavierc.

[Edité le 21/08/07 par Mig3712]
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Emmanuel KANT 1785
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egon
Jeune Carabin

Messages : 18
Enregistré : 03/06/2007
Posté le 24/08/2007 à 20:26 notnew
bon temoignage.
au fait, quel age avais-tu quand tu as finis ton internat ?

e.
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passerelle
Chef des sévices

Messages : 309
Enregistré : 10/12/2006
Posté le 24/08/2007 à 23:14 notnew
Perso son temoignage ne me surprend pas. Il me semble meme assez representatifs des etudiants en D4 que j'ai rencontres jusque la: blases, creves, se demandant ce qu'ils foutaient la et qui ecarquillaient les yeux quand je leur disais que je revais de les rejoindre...

Sinon, mon entree dans le monde de l'entreprise a ete assez douloureuse et je ne suis guere surpris que cela se passe de la meme maniere a l'hopital. Je reste cependant totalement motive pour devenir medecin. C'est juste que je ne me fais pas d'illusions. Au moins ce que je ferais sera utile a quelquechose!
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postulant commission DI 5/2 ( humour de prepa... )


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sajomadam
Bizute (future carrée)

Messages : 6
Enregistré : 07/11/2007
Posté le 09/11/2007 à 14:29 notnew
C'est vrai que ce témoignage est très complet et intéressant, même si il y a du pour et beaucoup de contre... Au moins ça fait réfléchir. Celà correspond assez bien avec l'image que me dépeint ma petite soeur sur les études de médecine (elle est en quatrième année d'internat). Et d'autre part, pour avoir fréquenté le CHU de Necker en tant qu'"usagère" (mon fils a été soigné là bas) je pense que ce qui est dit sur la répartition des rôles et des patients (tout pour les internes et un peu les chefs de clinique) est tout à fait exacte, c'est vraiment ce que j'ai ressenti (et des fois quand on est la maman et qu'on voit arriver les internes le premier jour du choix, avec un bébé entre la vie et la mort, on a du mal à leur faire vraiment confiance... Même si on sait que ce ne sont pas les premiers venus). Bref, c'est pas très encourageant, mais c'est probablement assez réaliste. Ce que je trouve positif dans ce témoignage, c'est qu'avant de fréquenter assidument les hopitaux, je pensais sincèrement (idée que m'avait asséné ma petite seour) que tous les médecins sont des 'méchants' qui ne pensent qu'à se payer une rolex, une BMW, et à avoir un statut social valorisant. Je me suis rendu compte qu'il y a dans le lot des gens vraiment humanistes, qui font ça pour aider et pour tenter de soigner. Personnellement, ça paraît bête, mais je ne croyais même plus que cette catégorie de gens existaient (faut dire que dans ma famille où il y a beaucoup de médecins, le son de cloche c'était plutôt que les médecins font tous ça pour le fric et qu'il y en a un sur mille qui en a quelque chose à faire des patients). Bref, ce genre de messages prouve qu'il y a encore des gens qui font médecine par altruisme, c'est une bonne nouvelle, non ?
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Greg.
Ministre de la Santé

Messages : 828
Enregistré : 20/06/2001
Posté le 12/11/2007 à 23:15 notnew
Je viens de lire tardivement ce témoignage, et même si je suis beaucoup moins avancé dans les études que Xavier, n'étant qu'en D4, il me semble que l'on peut se fier à la description du monde que l'on a voulu rejoindre.

Je me suis lancé dans l'aventure à 25 ans, en pensant sincèrement m'introduire dans un univers épanouissant, quittant enfin le monde de l'entreprise privée.
Et je dois dire que la désillusion est présente.
Pour le monde hospitalier en tout cas, pas pour le métier de médecin. Je persiste à le trouver très beau et épanouissant.

Mais j'ai une seule hate : quitter le CHU, et trouver des conditions de travail plus agréable, plus 'humaine' (c'est un comble).

Mais le chemin est encore long...

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Miss Gaffe
Jolie Chef de pique-nique

Messages : 213
Enregistré : 09/08/2004
Posté le 09/01/2008 à 23:34 notnew
Il y a un monde entre les études et la vraie vie de l'interne, puis du médecin. On peut être très très motivé au départ. Avoir réellement choisi le métier pour la beauté de la science (parce que oui, ce SONT de belles études). On y apprend non seulement une foulée de notions, un métier...mais aussi une philosophie de vie!
Mais...la réalité de l'hôpital est tout autre. Je n'ai pas été jusqu'au point du clinicat, loin de là. Chez moi les études de médecine, comme dans bcp de pays européens, sont "terminées" à la fin de la 6ème année. Quelle illusion! le beau diplôme que nous attendions tous avec tant d'impatience, après tant d'efforts, est juste un passeport pour devenir une sorte de fourmi mercenaire dans ce qui est en train de devenir une sorte de quoi? de garage géant...avec un gérant, des employés, les favoris (ceux qui vendent plus de voitures que les autres), ceux qui s'accrochent pour avoir leur contrat renouvellé, ceux qui continuent sans trop savoir pour quoi, et puis de rares passionnés, comme le disent bcp d'entre vous (c'est par moment ce à quoi tout cela me fait penser).
Je ne pense pas que ce soit une question d'âge ou de maturité. Car beaucoup se font prendre au piège, même tardivement, et il n'y a rien à faire pour éviter cela avant de se lancer, on ne peut pas savoir comment les choses vont tourner. Ce n'est pas seulement une question d'intérêt, c'est aussi une question de circonstances.
"Tout faire" pour réussir son choix de vocation, je dirais que c'est avant tout être prêt à plaquer tout le reste pour suivre totalement sa voie, pas de famille, pas d'engagement. Ou alors on se cantonne dans la pratique privée si on a le choix de le faire.
Personnellement, je ne me voyais pas prolonger d'encore plusieurs années physiquement et psychologiquement éprouvantes (parce que les études ne sont que modérément difficiles à coté, et la spé c'est pas 4 ans ici!) des études déjà assez difficiles pour tenter de boucler une spécialité, tout en sachant que même raisonnablement compétente, jamais je n'aurais les capacités pour faire une carrière hospitalière. Quant à faire du privé, pour ne pas abandonner le contact si précieux entre un patient et son soignant...j'ai préféré passer en médecine dentaire. Au moins, je garde ma relation de soignant en exerçant un métier qui n'est pas moins intéressant ni plus répétitif que ce qu'exige la médecine de cabinet, j'ai du temps pour ma famille et pour toutes les autres choses que j'avais abandonnées en rentrant en médecine...
COntrairement à xavierc, de qui j'admire le courage et de qui je ne pense pas avoir la moitié des capacités intellectuelles et de résistance, moi j'ai commencé médecine à la fin du lycée, j'avais 18 ans.
Un mari et deux lardons plus tard, je me dis que je ne regrette pas le choix des études, mais que la vie change et que je n'étais définitivement pas prête à passer à coté de ma propre vie pour être un vrai médecin comme je l'entends aujourd'hui.

En tout cas, bravo xavierc c'est un choix courageux, puisses-tu après tous ces efforts et ces sacrifices trouver une serrenité et malgré tout du plaisir dans ce métier. je pense qu'il faut des gens comme toi!
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marims
Jeune Bizut

Messages : 2
Enregistré : 12/01/2008
Posté le 12/01/2008 à 12:30 notnew
bon ben moi qui aimerais tenter une équivalence en D1 (je suis ingénieur agronome) ca ne fait pas réver tout ça!!!Après avoir mis deux ans de coté en prépa, vous me donner l'impression que c'est la même chose mais pendant 10 ans et qu'au bout du compte le résultat ne suit pas!
Nan mais avnat de me lancer (j'hésite encore) c'est très bien d'avoir le pour et le contre... juste pour comparer : à partir de la D1 et la prépa c'est la même charge de travail???Parce que du travail comme en prépa pendant 10 ans c'est vraiment très dur!
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rob
Externus-minus

Messages : 30
Enregistré : 09/05/2004
Posté le 12/01/2008 à 14:24 notnew
Non, rien à voir entre la prépa et la D1, pas d'inquiétude(j'ai fait les deux et en général ceux qui ont fait une prépa avant médecine savent que médecine n'est pas si difficile).
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Miss Gaffe
Jolie Chef de pique-nique

Messages : 213
Enregistré : 09/08/2004
Posté le 12/01/2008 à 19:22 notnew
Ce ne sont pas tant les études qui sont difficiles, tu étudies sérieusement, et ça passe... mais plutot c'est la vie après et la charge de travail à l'hopital, ce n'est pas pareil que de rester assis sur une chaise à étudier, même plusieurs nuits blanches. Pas pareil du tout, et bcp plus difficile, et d'une manière qu'on ne peut pas prévoir...
C'est ça le problème. Pas tellement de passer des concours.
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Ann.
Interne

Messages : 121
Enregistré : 26/01/2008
Posté le 12/03/2008 à 17:20 notnew
Mais avez vous des regrets concernant vos choix d'orientation post bac?
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