Posté le 10/08/2004 à 18:59

yano c'est pas facile a dire.
en commencant medecine j'avais des idees sur ce que ca devait etre, specialement dans mon domaine de predilection, la medecine d'urgence. j'imaginais quelque chose de tres technique, qui va vite, ou on doit beaucoup reflechir et prendre des decisions rapides, et ou on gueri les gens, ou meme qu'on les sauve. et pour la medecine autres que l'urgence un exercice de reflexion, mais ou l'on est en mesure d'apporter une solution, le plus souvent possible. et ou on gueri les gens, ou on les soulage. tout cela bien sur avec le cote relationnel, etc... je shematise mais en gros c'est ce que je pensais.
et me voila un peu plus avance dans mes etudes, apres 2 ans de stages dont 4 mois aux urgences plus quelques gardes en samu.
- le gros changement c'est deja de s'apercevoir que l'on gueri rarement les gens, et on les sauve encore moins. j'ai du sauver beaucoup plus de vies en donnant mon sang qu'en faisant du smur et des urgences. c'est pas dur car je n'ai jamais sauve qui que ce soit. je n'ai a peu pres gueri personne non plus. alors quel est l'interet? ben en fait le principal, et le plus gratifiant (a titre personnel, car les remerciements sont tres tres rares, alors ne les attendez pas!!) c'est de SOIGNER les gens. leur apporter des soins, du soutien, du reconfort. mais de ne pas attendre de guerison, qui est le retours ad integrum de l'etat anterieur (physique, moral et psychologique), elle viendra peut etre, mais pas souvent et pas forcement grace a nous.
- dans mon domaine fetiche, l'urgence, j'ai ete egalement surpris. en effet je ne pensais pas que l'on devait autant prendre de distance par rapport aux personnes que l'on prends en charge. ca doit aller vite, on a beaucoup de monde a prendre en charge, alors le contact doit etre rapide et l'action egalement. a l'hopital j'en arrivait a boucler une consult (examen, presentation du patient au medecin, conclusions et ordonnaces) en moins de 15 minutes. le temps passe avec le patient n'exedait alors pas 5 minutes. pour les grosses urgences le temps d'examen etait de 5 ou 10 minutes max, et l'interrogatoire pas plus. le reste du temps c'etait prescription d'examens complementaires, lecture et interpretation de ces examens, orientation diagnostique et trouver le service idoine. pas tant de reflexion que ca finalement, et contact reduit avec les patients.
la encore l'interet reside de la qualite du contact avec le patient, qui si il est court doit etre d'autant plus direct, donc demande une grande capacite d'adaptation. on doit en tres peu de temps obtenir toutes les infos que l'on souhaite d'une part, et rassurer et informer le patient d'autre part. c'est le plus tripant pour moi, et pas vraiment ce a quoi je m'attendais le plus.
de plus c'est tres stimulant de passer d'une situation a une autre sans cesse, sans savoir ce qui va arriver. les pathologies sont tout le temps les memes mais ce qui est dur c'est se mettre dans le bain rapidement, et surtout d'evaluer la situation tres vite, en faisant confiance a son "pif". cela demande de la concentration et une bonne preparation en amont.
- c'est en effet une des decouvertes de mes etudes: la medecine se pratique uniquement devant un patient ("il n'y a pas de medecin sans patient" disait l'un de mes profs) mais l'essentiel du boulot se fait avant cette rencontre. la consultation en elle meme n'est que rapport humain, ettaye par une connaissance acquise avant. d'ou l'eternelle question "la medecine est elle un art ou une science" (les deux mon capitaine!!). ce n'est pas facile a expliquer mais medecine et science medicale sont 2 choses differentes pour moi. pas tres clair mon explication mais c'est egalement confus dans me tete.
et un truc aussi qui m'a etonne, c'est de voir que ma capacite d'empathie a pris un sacre coup dans la gueule!! ou plutot qu'elle n'est pas la ou je le pensais. je n'ai pas d'etat d'ame quand je vois un patient mourrir a l'hopital (en tout cas aux urgences) ou en smur. je suis dans le technique, et generalement la personne serait morte de toute facons. ce qui me touche beaucoup plus c'est ce qui se passe autours, la detresse des familles, les pleurs d'une femme de 85 ans qui vient de perdre l'amour de sa vie, se demander si la personne qu'on est en train de masser souffre ou pas. la pathologie en elle meme, c'est du technique, par contre les repercussions psychologique et la perte progressive de ses facultes sont plus touchantes.
en bref je pensais etre touche par l'aigu, la douleur subite, la mort violente, etc... et en fait je suis beaucoup plus sensible devant le chronique, devant ce contre quoi on est impuissant.
pour finir ce laius je dirait que ce qu'il faut c'est etre bien conscient que l'on ne peut pas grand chose a ce qui se passe autours de nous, ni contre la maladie, mais qu'on peut aider les gens. et rester honnete avec soit meme, moi je fais de l'urgence avant tout parce que ca ME plait, pas forcement pour etre foncierement utile, ca serait me leurrer... desole de m'etre autant centre sur l'urgence mais ca reste pour moi une passion (tres chronophage mais bon, j'ai de la chance de pouvoir allier boulot et passion, alors...).