Posté le 08/08/2008 à 10:56

Bonjour!
Alors, d'abord, merci à tout le monde pour ce forum, qui m'a apporté informations et courage au moment - pas évident - où j'ai décidé de changer complètement d'orientation.
Je ne savais pas où poster, et en fréquentant les divers sujets, je n'ai trouvé personne dont la situation était semblable à la mienne, alors voilà: j'ai 28 ans, bientôt 29, et je souhaiterais (big surprise) commencer des études de médecine en 2009 en profitant de la passerelle D1.
mon parcours: bac S 1997 avec 19 en bio 19 en maths 20 en physique (c'est pas pour me vanter, mais pour savoir si ca peut jouer), puis prépa littéraire (voilà le hic) et Ecole Normale Supérieure (Ulm) en philo, puis agrégation d'anglais. je suis allocataire de recherche à la fac, inscrite en these d'anglais.
j'avais choisi cette voie après le bac parce que je ne savais pas quoi faire et que selon mon pere "normale sup philo, ca mene a tout." je me suis assez vite rendu compte que non, et que je voulais etre médecin (pour faire un métier où je pourrais me sentir vraiment utile), mais après deux ans traumatisants de prépa a henri IV, me relancer dans des études longues me décourageait complètement, et je me suis résignée. il y avait aussi le refus parental de me soutenir financièrement. je suis donc allée jusqu'au bout de mon cursus, mais là, vraiment, je n'en peux plus!
donc ma question, ai-je mes chances? certes, ulm, c'est prestigieux, mais en lettres? avec un parcours meme pas orienté psycho?
j'ai fait une remise à niveau en prenant les anciens cours d'une copine interne, j'ai potassé l'anatomie, et plus pratiquement, économisé de manière forcenée pour tenir plus ou moins jusqu'à l'internat, donc de mon coté j'y crois, mais qu'en sera-t-il du jury?
je pourrais m'inscrire en p1 cette année (à rennes, ils m'ont laissé jusqu'à fin aout pour décider)tout en présentant la passerelle, mais ca ferait juste au niveau des sous.
voilà, qu'en pensez-vous?
et merci encore!
- marie
Corrigan,
Je vais être directe avec toi, telle que tu la présente, ta motivation pour faire médecine semble superficielle et animée uniquement par un désir de prestige (médecin étant vu par beaucoup comme un métier prestigieux avec toute la mythologie qui l'accompagne (french doctor, docteur Jivago, séries américaines, les héros des temps modernes, ceux qui se battent pour la vie etc.).
Ton argument (unique) sur ta motivation "me sentir vraiment utile" est insuffisant, pourquoi à ce moment là ne fais tu pas pompier, bonne soeur, infirmière, bénévole ou n'aide tu pas simplement mémé à traverser le carrefour?
Je suis très franche avec toi parce que pour moi avec de tels arguments, tu n'arrivera pas à convaincre le jury. A la base tu n'as pas un parcours scientifique, tu ne semble même pas avoir eu la moindre pratique clinique, ton argumentation sur ta motivation DEVRA être en béton armé, si, bien sur tu parviens jusqu'à l'oral.
Interroge-toi vraiment et sincèrement sur ce désir, est-ce nouveau (genre depuis 2 mois)? Pour faire comme ta copine? Parce que tu te sens plus super motivé par ta thèse alors tu vois cela comme un échappatoire? Est-ce un fantasme? Parce que c'est ultra valorisé dans la société?
Médecine, ça n'est pas comme dans Doctor House dans un CHU nickel ultra équipé avec un patient pour une équipe de 5 médecins spécialistes. Ce sont des gardes épuisantes et contraignantes (Noel, Premier de l'an, en Aout quand tous tes proches sont en vacances etc.), des stages à gérer avec des cours parfois complexes à maîtriser, du travail avec des collègues plus âgés pas toujours sympas et pédagogues, des escarres pas beau à soigner, des protections pour adultes à changer, du pus, du sang,de la misère humaine qui défile, la confrontation à la mort parfois brutale, des urgences à gérer,des enfants que l'on constate maltraités,une pression à gérer, des corps à voir tels qu'ils sont cruement, dégagé de leur symbolique.
A mon sens, on ne fait pas ce métier pour combler son petit égo de premier de la classe qui à présent souhaite être utile (mais pas trop quand même hein, après 18 h c'est plus possible) mais pour les autres, pour la communauté des hommes, pour les familles que l'on croise, pour être un
soignant avant toute chose, qu'importe la spécialité.
D'ailleurs, tout ceci, c'est aussi aux autres membres que je le dis, les invitant à interroger leur désir de médecine maintenant mais aussi dans les années à venir car c'est le genre de métier que l'on ne peut exercer sans un minimum de vocation et de don de soi (sauf si l'on souhaite être médiocre).
Les quelques très bons médecins que je connais n'exercent pas dans un service prestigieux, ou de pointe, ils ne font pas de colloques, ni de recherche, mais leur petit cabinet est souvent ouvert jusqu'à minuit, ils prennent le temps de m'expliquer leur démarche et diagnostique, sont prêts à m'écouter et ont toute la confiance de leurs patients, tout ceci parce qu'ils sont, je pense, animé d'une réelle envie de donner aux autres et qu'ils respectent la confiance qu'on leur donne.
A toi de voir avec ce que je viens de dire...