Posté le 24/02/2002 à 22:08

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Source: 33docpro.com
Médecine générale :enfin une spécialité !
par Michel MOILRON (Le Concours Médical du 23 février 2002 n°7)
Avec la réforme du troisième cycle des études médicales, la médecine générale devient enfin une spécialité faisant partie de l'internat. Le contenu des études est en outre modifié.
Avec l'entrée en vigueur de la loi de modernisation sociale1, c'est la plus importante partie de la réforme des études médicales, en chantier depuis dix ans, qui est achevée : l'Internat est désormais ouvert aux généralistes, et le troisième cycle de médecine générale, allongé de six mois, est entièrement reconçu. À part certains internes de spécialités qui voient dans cette réforme un « nivellement par le bas », plus personne ne conteste la métamorphose de la médecine générale en discipline universitaire. Le changement aura lieu à la rentrée 2005. Initialement, l'intégration de la médecine générale à l'Internat devait avoir lieu en 2004, mais les retards pris par la discussion de la loi ont repoussé de un an l'entrée en vigueur de cette disposition.
La fin du bachotage intensif
Il faudra donc patienter encore un peu, mais la médecine générale deviendra enfin une des disciplines que pourront choisir ceux qui auront réussi le nouvel examen national validant ouvrant sur le troisième cycle, mis en place dès la rentrée 2004 pour les autres spécialités. Le Conseil national du concours de l'Internat (CNCI) est en train de mettre au point les modalités et le contenu de cette épreuve afin d'en finir avec le bachotage intensif que l'on connaît actuellement avec le principe des QCM. L'examen sera fondé sur les connaissances acquises au cours du second cycle, qui a lui aussi fait l'objet d'une réforme en profondeur (encadré). La docimologie est en cours d'élaboration, mais on sait déjà que l'épreuve comportera l'étude de cas cliniques, sans doute au nombre de neuf, et une analyse critique d'article scientifique. Le but est de privilégier le travail de réflexion et l'esprit critique par rapport à la capacité d'absorber des connaissances.
Le choix de la discipline d'Internat sera comme auparavant fonction du classement à cet examen unique – mais décentralisé dans au moins six ou sept régions. C'est la fin des « résidents » : tous les reçus à l'examen porteront le titre d'interne, et la médecine générale donnera lieu à l'obtention d'un diplôme d'études spécialisées (DES) au même titre que la chirurgie ou la pédiatrie. Par ailleurs, un rééquilibrage démographique devrait permettre de former progressivement 60 % de généralistes contre 40 % de spécialistes.
Un meilleur statut pour les enseignants
La réforme ouvre également un chantier considérable, concernant le statut de cette nouvelle discipline universitaire : celui des médecins formés, mais aussi des enseignants en médecine générale. Des postes de chefs de clinique et d'assistants en médecine générale restent à créer, les enseignants généralistes réclamant un statut moins précaire que celui de professeur ou de maître de conférences associé dont ils doivent se contenter pour l'instant. Le ministère de l'Éducation nationale réfléchit à pérenniser les postes de professeurs de médecine générale, en leur donnant un statut équivalent à ceux de leurs collègues hospitalo-universitaires tout en tenant compte de leur qualité de médecins ambulatoires. La recherche en médecine générale et la culture de l'écriture scientifique sont aussi appelées à être développées.
Dans cette perspective, le troisième cycle de médecine générale est allongé de six mois et porté à trois ans dès cette année universitaire. Son contenu a été remanié par arrêté ministériel2. L'enseignement théorique est organisé autour de six modules : « la médecine générale et son champ d'application », « gestes et techniques en médecine générale », « situations courantes en médecine générale ; stratégies diagnostique et thérapeutique, leur évaluation », « condition de l'exercice professionnel en médecine générale et place des médecins généralistes dans le système de santé », « formation à la prévention, l'éducation à la santé et l'éducation thérapeutique », « préparation du médecin généraliste au recueil de données en épidémiologie, à la documentation, à la gestion du cabinet, à la FMC et à la recherche en médecine générale ».
Premier et second cycles : le reste de la réforme
• 1er cycle : dès la rentrée prochaine, selon Jack Lang, la première année d'études (PCEM1) sera commune aux futurs sages-femmes, dentistes et médecins, avec trois concours différents en fin d'année. Il s'agit de donner aux étudiants une culture commune mais surtout de remédier au gâchis du concours de fin de première année, en permettant aux étudiants ayant échoué de choisir une orientation différente.
• 2e cycle : l'enseignement est réorganisé en modules visant à étudier l'être humain dans sa globalité et non plus par organes. En outre, le contenu des enseignements est fondé sur le programme du concours de l'Internat, afin d'éviter la traditionnelle désertion des bancs au profit des préparations privées. Ce cycle est validé par un diplôme donnant lieu à une équivalence de licence pour ceux qui ne désirent pas s'engager dans un troisième cycle de médecine soignante et préfèrent s'orienter vers les métiers de l'industrie pharmaceutique, l'administration, la gestion ou le journalisme médical.
Des stages axés sur les besoins pédagogiques
Par ailleurs, les internes généralistes doivent suivre six semestres de stages davantage axés sur leurs besoins pédagogiques que sur les impératifs de fonctionnement des services hospitaliers. À l'hôpital, trois semestres doivent être effectués, le premier en « médecine d'adulte : médecine générale, médecine interne, médecine polyvalente, gériatrie de court séjour », le second en gynécologie et pédiatrie, et le troisième dans un service d'urgences. Vient ensuite le stage de six mois auprès d'un maître de stage généraliste libéral : quatre mois au moins dans un ou plusieurs cabinets de médecine générale, qui peuvent être complétés par une partie en centre de soins primaires non hospitalier (PMI, médecine scolaire, centre de santé, etc.).
Restent deux semestres, laissés au choix de l'interne « en accord avec le directeur du département de médecine générale de l'UFR » et dans des lieux de stage agréés pour la médecine générale. C'est là que prend place le fameux sixième semestre, pour lequel le texte de l'arrêté précise qu'il doit se faire « préférentiellement en ambulatoire ». Cette formulation ne satisfait ni l'Intersyndicale nationale autonome des résidents (ISNAR) ni le Collège national des généralistes enseignants (CNGE), qui ont participé à l'élaboration de l'arrêté. En l'absence de ligne budgétaire pour ce semestre, ces organisations craignent que le stage ne serve surtout à remplir les services hospitaliers. Il reste toutefois deux ans et demi avant l'ouverture de ce sixième semestre. Des crédits peuvent être débloqués pendant cette période, que l'ISNAR et le CNGE comptent mettre à profit pour faire passer leurs projets de « stage autonome en soins primaires ambulatoires ». L'idée est de développer des « unités pédagogiques locales » comprenant un cabinet ou un groupe de cabinets, situés non loin de centres de soins primaires de type PMI, médecine scolaire, médecine du travail ou centre de santé. Dans ce cadre, l'interne pourrait mener un travail de recherche dans l'optique de sa thèse.
Enfin, dans certaines facultés, des expériences de tutorat sont menées, avec un enseignant qui suit, conseille et oriente l'interne tout au long du cycle. Le CNGE a commencé à dispenser des formations de tuteurs, et sa prochaine tâche sera d'intensifier – mais aussi d'optimiser – le recrutement de maîtres de stage généraliste dont la mise en place progressive de la réforme va entraîner un besoin croissant.
1. JO du 18 janvier 2002.
2. JO du 27 octobre 2001.