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La 1ère Communauté Médicale
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Chirurgie en Suisse, attention, mirage dangereux

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Suisse anonyme
Jeune Bizut

Messages : 2
Enregistré : 13/01/2017
Posté le 13/01/2017 à 22:38 notnew
Un certain nombre de Français rêvant de chirurgie, après un mauvais classement à l’ECN, hésitent à venir tenter leur chance en Suisse. Suite à mon expérience personnelle, j’aimerais vous mettre en garde à ce sujet.

En effet, en Suisse la spécialisation se fait de manière très différente par rapport à la France : le médecin assistant (c’est comme ca qu’on appelle un interne en Suisse) peut postuler pour n’importe quelle spécialisation dans n’importe quel hôpital, peu importe ses notes à l’université ou le pays de l’UE ou il a été diplômé. Ce system fait bien sur rêver par rapport à la France, car on peut assez facilement obtenir une place dans des spécialités relativement difficiles comme la chirurgie.

Toutefois, la médaille a son revers : lorsqu’on est engagé c’est en général pour une année seulement, et l’année suivante, c’est rebelote, il faut à nouveau chercher un poste. Quand je suis arrivé dans ce système, je me suis dit (bien naïvement) que les hôpitaux auraient naturellement tendance, après avoir employé quelqu’un pendant une année, à vouloir renouveler le contrat de cette personne à présent expérimentée et connaissant la maison.

La réalité est tout autre, et bien souvent après une année, au contraire l’hôpital ne souhaite pas renouveler le contrat, et il faut chercher ailleurs. De plus, chose qui doit paraitre incroyable par rapport à la France, la plupart des médecins assistants de chirurgie ne veulent en fait pas faire chirurgie. Ils font juste une année de chir dans le cadre d’autres formation comme la médecine générale, la gyneco, etc. On peut donc se retrouver dans la situation aberrante de n’avoir aucun des médecins assistants de chir qui veut aller au bloc opératoire, car cela ne les intéresse pas, et on envoie donc le stagiaire au bloc !

Pour ceux qui veulent vraiment faire chir, ils se retrouvent dans un système ou les médecins chefs n’ont pas spécialement envie de leur apprendre à opérer, et où il y a même très peu d’intérêt à enseigner quoi que ce soit aux jeunes, vu que de toute façon ils ne vont en général rester qu’une année dans le service. Les médecins assistants se retrouvent donc principalement avec un rôle d’assistant : faire la visite et la paperasse, avec peu de blocs, ou on ne tente de toute façon guère de leur donner un rôle actif. Il n’est pas spécialement rare de se retrouver sans un seul bloc pendant une semaine entière.

On peut donc faire deux, trois ou quatre années de chir, tout en n’apprenant pas grand-chose, et tout cela avec strictement aucune garantie quant à l’avenir. On peut se retrouver après plusieurs années dans la situation ou plus personne ne souhaite renouveler le contrat, l’assistant étant entre temps devenu plus sénior, et coutant donc plus cher. Il faut à ce moment se réorienter et tout recommencer dans une autre branche.

Donc pour résumer, il est très facile d’obtenir en Suisse un poste d’assistant en chir, mais cela n’engage à rien les médecins chef, et ne donne aucune garantie sur le future. On rentre très facilement dans ce système, mais en sortir est par contre particulièrement long et difficile. Pour les enragés de la chir, qui résistent malgré tout et qui réussissent à trouver des contrats, il faut savoir que la formation dure beaucoup plus longtemps qu’en France, et qu’en sortant le niveau est à mon avis nettement moins bon, pour les raisons expliqués ci-dessus.

Mon intime conviction après avoir fait plusieurs années de chir en Suisse francophone, est que le système est fait exprès d’être complètement désorganisé, afin que les hôpitaux puissent recruter comme bon leur semble des assistants de chir, sans toutefois leur garantir quoi que ce soit pour l’avenir, et en sachant même de façon pertinente qu’on ne donnera aucun future chirurgical à la majorité de ceux qu’on recrute. On a la garantie de n’avoir aucune garantie.

D’autres spécialisation comme la gynéco ou la pédiatrie s’organisent avec ce qu’ils appellent des réseaux, c’est-à-dire que dès le début on fait un plan pour l’assistant, lui garantissant sa formation jusqu’au bout. Si les chirs faisait pareil, ils seraient bien embêté, car au lieu de recruter des assistants pour les utiliser comme secrétaires de luxe, ils seraient obligés de former ces assistants et de leur garantir un vrai avenir. Les chirs n’ont visiblement aucun intérêt à cela…

A côté de ces remarques spécifiques pour la chir, il faut voir quelques autres défauts généraux du système Suisse. Quelque soit la branche de spécialisation, on change en général d’hôpital tous les ans ou tous les deux ans, avec tout ce que cela implique : aucun collègue sur le long terme, des déménagements à répétition… La seul chose stable c’est une perpétuelle instabilité !

J’ai l’impression aussi que ce turnover constant démotive les médecins chefs, qui voient tourner tellement vite leurs équipes, qu’ils n’ont plus de motivation à leur faire un teaching correct.

Dans l’hôpital, le médecin assistant se retrouve avec une position tout à fait temporaire. Les chefs, les infirmières, les secrétaires restent… L’assistant ne fait que passer, et ca se sent dans la façon dont on est traité par exemple par les secrétaires et les infirmières. On a l’impression d’être la personne la moins importante de l’équipe soignante. Moi je me suis par exemple retrouvé dans un hôpital ou j’avais la franche impression que la majorité des médecins chefs méprisaient tout simplement les assistants. Vouvoiement de règle, et ils ne m’adressaient jamais la parole sauf pour parler d’un patient…
Un dernier détail, en Suisse les magasins ferment presque tous à 18h. On ne peut donc faire les courses en gros que les jours où on ne travaille pas.

Après il ne faut pas oublier les côtés positifs : un très bon salaire (tout en se souvenant que la vie en Suisse est aussi très cher). Des heures de travail humaines : théoriquement limitées 50 par semaine. Une ambiance très multiculturel avec beaucoup de polyglottes (Quand on parle trois langues on est trilingue, quand on parle deux langes on est bilingue, quand on parle une langue, on est…… français), des médecins et infirmières venant de nombreux pays, un accueil plutôt chaleureux même pour des « frouzes » (c’est le petit surnom des français).

Bref, pour conclure d’une façon concrète et utile : si l’ECN ne vous a pas permis de réaliser votre rêve de devenir chir, je vous conseillerais quand même fortement de d’abord finir une spé en France avant de penser à venir en Suisse. Si vous venez en Suisse pour faire chir, il y a de bonnes chances qu’après quelques années, vous vous retrouviez avec toutes les portes closes pour trouver de nouveaux postes en chir. Et la si vous avez claqué la porte en France, vous vous retrouvez dans une situation très désagréable…

Si vous êtes un enragé de la chir, oui, il est bien sur possible de finir la formation en Suisse, mais sachez que cela vous prendra bien plus de temps qu’en France, et que vous aurez beaucoup moins de pratique opératoire. Une fois la formation fini, il faut s’attendre à passer encore de très nombreuses années à travailler comme chef de clinique, et il y a de fortes chances que vous ne trouviez jamais un poste de chef en Suisse.

Voilà le fruit de mon expérience en chir en Suisse romande. A bon entendeur… Moi j’ai décidé de me réorienter dans une autre spé que j’aime aussi beaucoup.

Je poste ceci de façon anonyme parce que vous la petite taille de la Suisse, et vu l’ambiance en chir, je n’ai pas envie de subir les foudres de certains pour avoir dit ces vérités. Je serais heureux de répondre à n’importe quelle question.

XYZ.
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Kally
Sexterne (diplomée secrétariat médical)

Messages : 53
Enregistré : 02/09/2012
Posté le 14/01/2017 à 22:59 notnew
Je plussoie. Et je rajoute que c'est le cas de toutes les spécialités prisées. Il faut bien retenir qu'en Suisse on peut commencer la spécialité de nos rêves, mais on n'a aucune garantie de pouvoir un jour la finir... Et tout le système fonctionne au piston, avec un avantage dès le départ pour tous ceux qui ont un diplôme suisse (pour des raisons principalement politiques).
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Ana R
Jeune Bizute

Messages : 3
Enregistré : 09/03/2017
Posté le 10/03/2017 à 00:43 notnew
Bonjour,

Merci pour ce précieux témoignage! J'espère surtout que vous avez trouvé un issue de secours à cette situation quelque part absurde!

Est-ce que cela se passe de la même façon en ophtalmologie? J'avais déjà contacté plusieurs hôpitaux, et selon les réponses que j'ai obtenu et selon mes calculs, la Suisse francophone ne recruterait qu'environ une petite dizaine d'assistants pour la première année (par an), ce qui me semble quand même peu (?).

En plus certains hôpitaux s'attendent à ce que le candidat ait déjà effectué ce qu'ils appellent une "année autre" (l'année faisant partie de l'assistanat, mais qui se fait dans une autre spécialité, pas en ophtalmo). Si je comprends bien, cela est risqué, puisque on peut passer un an dans une spécialité qu'on n'a pas envie de faire en attendant d'avoir une place en ophtalmo ce qui peut ... ne jamais arriver par exemple?

Merci d'avance!
_____
When nothing is sure, everything is possible. Margaret Drabble
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Suisse anonyme
Jeune Bizut

Messages : 2
Enregistré : 13/01/2017
Posté le 15/03/2017 à 05:33 notnew
Je ne sais pas comment ca se passe pour l’ophtalmo. Mais c'est vrai qu'ils en prennent très peu. Par contre, ils ne prennent que des gens qu'ils comptent réellement former d'après ce que j'ai cru comprendre. Lausanne est parait il un centre d'excellence ou ils prennent pas mal d'étrangers.
Bien sur, si tu fais une année, autre, cela n'engage a rien les recruteurs pour l'ophtalmo.
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